Extrait de : Histoire de la voiture electrique - ...-1899 par Philippe B. de l’Arc
voiture au musée de Compiègne.
à Achères 1899, course de vitesse pure lancée par le journal La France Automobile :
On a pu voir à l’Exposition internationale des automobiles qui vient
de se tenir dans le Jardin des Tuileries une voiture de forme particulière,
très basse sur roues, pointue à l’avant et à l’arrière, rappelant
la silhouette d’une torpille ou d’un torpilleur. Cette voiture,
baptisée "La Jamais contente", nom qu’elle porte fièrement inscrit sur
sa caisse, détient, pour le moment, le record du kilomètre. Elle a, en effet,
parcouru récemment le kilomètre en 34 secondes, ce qui équivaut à du 105 kilomètres
852 mètres à l’heure.
Ce qui ne fait que du 62 kilomètres à l’heure. Une misère n’est-il
pas vrai ?... On voit que l’électricité l’emporte sur le pétrole.
Reste maintenant à parler de la glorieuse voiture "La Jamais contente". Les
moteurs au nombre de deux et d’une puissance totale de 50 kilowatts, soit
environ 55 chevaux effectifs, sont susceptibles d’un effort momentané
qui peut atteindre 100 chevaux. Leur poids est de 250 kilogrammes. Chacun de
ces moteurs commande directement une des roues arrière. Ce qui est évidemment
le dispositif permettant d’atteindre la plus grande vitesse, avec le minimum
de chances d’accident.
La batterie d’accumulateurs donnant l’énergie électrique pèse 650
kilogrammes.
Tous les autres organes de la voiture pèsent 200 kilogrammes environ au total,
ce qui porte à 1 100 kilogrammes le poids de la voiture en ordre de marche.
Afin d’arriver à cette énorme puissance spécifique (10 chevaux par 100
kilogrammes pour l’effort momentané et 5 chevaux par 100 kilogrammes pour
l’effort normal), il a fallu naturellement avoir des pièces et des organes
extra-légers : c’est dire que l’aluminium entre pour une large
part dans la voiture Jenatzy. La carrosserie notamment est entièrement constituée
par ce métal, ou du moins par un de ses dérivés, le partinium.
Pour présenter le moins possible de résistance à l’air, la caisse affecte
la forme toute spéciale, visible sur la photographie de la page précédente.
Ce facteur est le plus important, car au delà d’une vitesse de 65 kilomètres
à l’heure, la résistance de l’air absorbe un travail bien supérieur
à celui qui est nécessité pour la translation du véhicule.
Grâce à cet ensemble de dispositions spéciales, La Jamais contente pourrait
certainement dépasser l’énorme vitesse qu’elle a obtenue dans son
célèbre record. Ce jour-là, en effet, la route d’Achères, sur laquelle
elle courait, était loin d’être en bon état, la pluie des jours précédents
l’avait détrempée et on a observé une diminution de vitesse due au roulement
des pneus sur une boue collante.
La vitesse maxima d’un tel véhicule ne pourrait pas être tenue longtemps,
car les accumulateurs, pour un effort pareil, se déchargent vite ; mais
à la vitesse de 8o à 90 kilomètres, M. Jenatzy a pu rouler pendant 45 minutes
sans décharger sa batterie d’accumulateurs. Il peut, de même, marcher
à une vitesse beaucoup plus modérée et faire, au besoin, de son torpilleur une
voiture de promenade, quoiqu’il y ait lieu de remarquer que, pour un long
trajet, on manquerait un peu de confort dans une voiture de course, où naturellement
toute la place a été réservée aux divers organes de propulsion.
Voir aussi : La Jamais Contente : un Français invente la voiture électrique