Télétravail: Le salarié n'est pas tenu de
travailler à son domicile, en cas d'acceptation,
l'employeur doit l'indemniser de cette sujetion
particulière
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On
peut entendre par télétravail une forme
d'organisation du travail, utilisant les
technologies de l'information dans le cadre d'un
contrat de travail et dans laquelle un travail, qui
aurait également pu être réalisé dans les locaux de
l'employeur, est effectué hors de ces locaux de
façon régulière. Le fait de travailler à
l'extérieur des locaux de l'entreprise ne suffit pas
à conférer à un salarié la qualité
de télétravailleur. On entend
par télétravailleur, toute personne salariée de
l'entreprise qui effectue, soit dès l'embauche, soit
ultérieurement, du télétravail ( ANI du
19 juillet 2005 sur le télétravail, art. 1er ). Plusieurs conditions concourent donc à caractériser
le télétravail : le télétravailleur doit avoir le
statut de salarié ; il doit impérativement utiliser
les technologies de l'information et de la
communication ; le travail qu'il effectue hors des
locaux de l'entreprise doit pouvoir être exécuté
aussi en interne ; les modalités d'exécution du
travail doivent être régulières.
Lorsque le
télétravail est fortement sollicité par l'employeur,
le salarié peut-il réclamer une compensation
financière ?
La cour de cassation, par cet arrêt
du 7 avril, précise les conditions d'indemnisation
de cette sujetion particulière.
L'arrêt
M. Z...
et un certain nombre d'autres responsables de
secteur de la société Nestlé waters marketing et
distribution ont saisi la juridiction prud'homale
afin d'obtenir le paiement d'une indemnité au titre
de l'occupation partielle de leur domicile privé à
des fins professionnelles. Nestlé conteste avoir à
verser aux salariés une indemnité d'occupation de
leur domicile à des fins professionnelles et d'avoir
annulé la clause des avenants aux contrats de
travail en date 9 mai 2007 stipulant que la
rémunération des intéressés tient compte de la
sujétion résultant de l'occupation de leur domicile
privé à des fins professionnelles.
Pour Nestlé l'utilisation par un salarié d'une
partie de son domicile pour les besoins de son
activité professionnelle, lorsqu'elle est connue au
moment de la conclusion du contrat de travail,
constitue une modalité particulière de son exécution
nécessairement prise en compte dans l'économie
générale du contrat de travail et qui n'a pas en
elle-même à donner lieu à une indemnisation
spécifique au titre des frais professionnels,
l'employeur devant seulement prendre à sa charge
l'ensemble de frais directement engagés pour
l'exercice de la profession au domicile (matériel
informatique, téléphone, connexion internet …).
Argumentation rejetée par la cour de cassation
"Attendu,
ensuite, que l'occupation, à la demande de
l'employeur, du domicile du salarié à des fins
professionnelles constitue une immixtion dans la vie
privée de celui-ci et n'entre pas dans l'économie
générale du contrat de travail ; que si le salarié,
qui n'est tenu ni d'accepter de travailler à son
domicile, ni d'y installer ses dossiers et ses
instruments de travail, accède à la demande de son
employeur, ce dernier doit l'indemniser de cette
sujétion particulière ainsi que des frais engendrés
par l'occupation à titre professionnel du domicile ;" (cass.soc.,07
avril 2010 )
Commentaire de l'arrêt par Nicole Turbé-Suetens -
Distance Expert Consultante & Expert européen -
Auteure du " télétravail en France " (parution mai 2010 - Pearson) avec Pierre Morel à
L'Huissier, député de Lozère. Il est l'auteur du
rapport gouvernemental « Du télétravail au
travail mobile » (2007) et co-auteur de la
proposition de loi « faciliter le maintien
et la création d’emplois » (2009). Fiche livre "Le télétravail en France Les salariés sont prêts !
"
Cet arrêt nous place devant les réalités du
danger que représente la mise en place du
télétravail informel sans cadre négocié avec les
partenaires sociaux.
En effet, proposer
ou obliger les salariés à travailler à leur domicile
correspond de fait à les mettre en télétravail et comme le souligne très justement cet arrêt, le
salarié « n’est tenu ni d’accepter de travailler
à son domicile, ni d’y installer ses dossiers et ses
instruments de travail » selon l’arrêt du 2
octobre 2001 (Bull., n° 292), rendu au double visa
de l’article 9 du code civil et de l’article L1121-1
du code du travail.
Le volontariat fait
d’ailleurs l’objet de l’article 2 de l’accord
national interprofessionnel (ANI) du 19 juillet 2005
sur le télétravail qui permet de négocier des
accords télétravail par "catégories de salariés
concernés" (dernier § de la définition (Article
1) ce qui apporte en réalité toute la souplesse
nécessaire lorsque la volonté de négocier existe.
Donc,
même lorsqu’un accord d’entreprise existe, le
télétravail ne peut être imposé au salarié par
l’employeur.
Le seul cas où le
télétravail peut être imposé, c’est dans le cadre
d’un poste proposé en télétravail à l’embauche.
Dans le cas présent, outre le fait qu’il
s’agisse en réalité de télétravail puisque l’ANI
français inclut dans sa définition les populations
généralement appelées « nomades » dans le champ des
télétravailleurs, l’employeur a semble-t-il
voulu échapper à une négociation spécifique sur le
télétravail en incluant l’occupation du domicile à
des fins professionnelles dans la rémunération
générale des responsables de secteur qui n’étaient
d’ailleurs pas équipés d’une ligne professionnelle
pour communiquer le résultat de leur travail
administratif.
En effet, seuls les frais de
communication étaient pris en charge par
l’employeur.
Par ailleurs, les régionaux
bénéficiant d’avantages supérieurs à ceux des
responsables de secteur au simple fait que
théoriquement leur charge de travail exécutée au
domicile était supérieure à celle des responsables
de secteur qui étaient plus sur le terrain.
Cet
arrêt montre clairement la voie, le principe qui est
à prendre en considération est celui de l’occupation
du domicile privé à des fins professionnelles et non
pas la durée de l’occupation. Il souligne
également l’obligation de l’égalité de traitement et
rejoint en cela d’autres jurisprudences récentes sur
les avantages réservés aux cadres. Un tel
arrêt devrait inciter de nombreux employeurs à
négocier un accord sur le télétravail pour les
populations nomades qui sont, à ce jour, exclues de
tous les accords signés.
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