(Last update : Mon, 18 Dec 1995)
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Formation d'ingénieur et apprentissage

(EXTRAIT DU DOCUMENT REFERENCES ET ORIENTATIONS DE LA C.T.I. - SEPTEMBRE 1995)

Avant-propos

Mode quasi exclusif de formation au Moyen-Age, l'apprentissage s'était peu à peu confiné à la formation aux métiers manuels, à mesure que s'organisait dans notre pays un système éducatif de plus en plus diversifié. Deux lois successives en ont étendu, récemment, le champ d'application. La plus récente a permis dès 1987 de se préparer aux qualifications de niveau 2 et 1 par cette voie de formation qui, à ce titre concerne désormais la Commission des Titres d'Ingénieur.

Très préoccupé dans les années 1989-93 par la montée des effectifs d'ingénieurs à former, puis par la mise en place des Nouvelles Formations d'Ingénieur (NFI) en partenariat avec les entreprises et les branches professionnelles, l'appareil de formation des ingénieurs n'a réagi que lentement aux dispositions que lui ouvraient la loi de 1987. Mais depuis le début de 1994, le nombre de projets soumis ou en préparation croît très vite, ce qui impose à la CTI une prise de position claire quant aux garanties que doit offrir un projet de filière de formation d'ingénieurs préparée par l'apprentissage.

La Commission rappelle en premier lieu tout l'intérêt qu'elle porte à l'alternance, depuis la forme la plus banalisée dans les écoles d'ingénieur d'un certain nombre de stages et projets en entreprises pouvant couvrir de 15 à 20% du cursus, jusqu'aux formes les plus abouties qui concernent les NFI et les formations initiales par apprentissage. Dans les formules les plus récentes, le rôle formateur de l'entreprise est pleinement reconnu, et la coordination avec le système éducatif apporte une grande richesse à l'acte de formation.

Dès 1989, et à titre expérimental, une formation d'ingénieur a d'ailleurs été habilitée à préparer un diplôme d'ingénieur par la voie de l'apprentissage.

L'apprentissage au niveau ingénieur

Mais il est clair que l'adaptation du concept fondamental d'apprentissage -apprendre individuellement avec un maître par le vécu- en étant titulaire d'un contrat de travail-, est de plus en plus délicate à mesure que l'on s'élève dans le niveau des formations supérieures, en raison du contenu intellectuel croissant de ces formations. D'où l'introduction de l'alternance entre la formation académique (collective) est la formation en situation (personnalisée).

Il est clair également que l'approche déductive utilisée par la plupart des écoles d'ingénieurs classiques n'est pas pleinement cohérente avec le concept d'apprentissage et que, clairement, ce sont les Nouvelles Formations d'Ingénieur, avec leur pédagogie plus originale, souvent inductive, et leur alternance déjà inscrite dans le cursus qui sont le plus à même d'être suivies par apprentissage. On peut même dire que le contrat de travail donne leur consistance aux NFI en formation initiale, nées dans le sillage des NFI en formation continue, et qui n'avaient pas, jusque là, trouvé une véritable logique au sein de l'appareil de formation.

Faut-il dès lors renoncer à introduire l'apprentissage au sein d'écoles classiques ? la question a été longtemps débattue, et plusieurs arguments plaident pour ouvrir un certain nombre de champs d'expérimentation dans ces écoles, notamment : - le lien fort qui se crée entre l'école et l'entreprise par l'intermédiaire de l'apprenti et de ses deux tuteurs - l'approche plus concrète de certaines professions (agro- alimentaire, métiers du paysage, textile, etc...) et de certains types d'entreprises.

Tout cela est susceptible, après expérience, d'influer sur la pédagogie même des écoles et va en direction d'une meilleure qualité de la formation. La Commission des Titres est favorable à l'habilitation de certaines écoles, sous réserve que soient réalisées les conditions énoncées au paragraphe suivant.

Les conditions d'habilitation d'une école d'ingénieurs classique

a. L'esprit de la loi est que la formation par apprentissage conduise au même diplôme que la formation initiale classique : afin qu'il y ait une référence claire, il est nécessaire que les apprentis soient nettement minoritaires au sein d'une promotion . On propose à titre expérimental de limiter à 20% le nombre des apprentis dans une promotion donnée.

Par ailleurs, la procédure de choix des étudiants entre le statut classique (plus de liberté dans la conduite de ses études, possibilité d'année d'études ou de stage à l'étranger, éventualité d'un DEA en dernière année, etc...) et le statut d'apprenti (rémunéré, mais plus contraint par le lien avec une entreprise unique) doit être clairement affichée.

Enfin, il est souhaitable qu'un tronc commun initial (de l'ordre d'un an pour école en trois ans) homogénéise une promotion avant que n'intervienne le choix de l'étudiant pour l'un ou l'autre statut.

b. Une formation initiale par apprentissage doit faire état d'un véritable projet d'alternance : cohérence dans la succession des stages, double tutorat, construction du parcours académique avec l'accord du "maître d'apprentissage", et accord du tuteur académique quant aux fonctions successives occupées dans l'entreprise au cours de l'apprentissage.

c. S'il est admis qu'il est probablement nécessaire au début de ne rien céder de la formation académique classique, pour assurer la crédibilité de la voie d'apprentissage, il faut aussi admettre que la validation des acquis de l'entreporise est dans la logique de l'apprentissage et ne doit pas être passée sous silence ; certains aménagements du cursus académique pourraient intervenir à terme, après un temps d'expérience. En tout état de cause, la formation par apprentissage intégrant la part d'initiation à l'entreprise qui est habituellement placée au sortir de l'école, sans rien céder à la formation académique, elle doit faire l'objet d'un allongement modéré, mais significatif, du temps total d'obtention du diplôme.

d. Le partenariat avec les branches professionnelles et/ou quelques grandes entreprises doit être garanti par des engagements précis et contractuels de ces dernières quant à la qualité de la formation et du tutorat, ainsi que sur la durée pour laquelle le partenariat est effectif.

e. La relation de l'école avec un CFA, en tant que structure de gestion et de partenariat, ou la création d'une section d'apprentissage doit être clairement spécifiée. Les responsabilités respectives du chef d'entreprise, du directeur du CFA et du chef de l'établissement d'enseignement doivent être établies contractuellement. Il est notamment important que la responsabilité pédagogique et disciplinaire de l'apprenti pendant les périodes académiques soit clairement dévolue au chef d'établissement d'enseignement.

Concluions, la position de la CTI en 1995

- la CTI réaffirme qu'en raison de l'orientation inductive de leur pédagogie, seules les NFI ont vocation à former par apprentissage au sens plein du terme. - Bien que réservée, elle admet de permettre une expérience pédagogique limitée, à évaluer avec soin, dans des écoles classiques. Cette limitation devrait porter sur un nombre restreint d'écoles représentant des branches et des profiles de formation assez distincts, ainsi que sur une durée d'expérimentation limitée à trois promotions. Enfin les écoles présentant un dossier devraient strictement respecter les quelques règles énoncées au paragraphe précédent. - Elle souhaite que, chaque fois qu'il est jugé nécessaire d'admettre une minorité d'apprentsidans un école classique, l'on ne parle pas d'apprentissage, mais "d'alternance sous statut de salarié", en faisant référence à la Loi de 1987. Enfin, elle propose que les cas choisis comme exemplaires fassent l'objet d'une concertation avec les diverses tutelles, et qu'un groupe de travail mixte soit chargé du suivi de l'expérience.


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