|
Le palu
est une vacherie qui tue 10 fois plus que le
sida (et beaucoup plus vite) et les traitements
préventifs sont devenus largement inefficaces. Il
semble que, en cas de soupçon de paludisme il vaut
mieux se faire soigner dans un hôpital africain où ils
sont plus habitués à disgnostiquer précocement cette
infection.
En effet, le palu est un vieux truc, auquel on est
habitué; ça frappe surtout des populations rurales
pauvres (les riches qui habitent dans les villes et
qui ont la clim y sont beaucoup moins exposés); dans
mon enfance, précisément au Burkina (j'ai fait mes
classes primaires à Bobo-Dioulasso entre 54 et 56), la
municipalité (coloniale) interdisait le mil et le maïs
dans le périmètre urbain (car la jonction des feuilles
avec la tige forme un petit réceptacle qui retient
l'eau et offre un asile aux larves de moustiques),
c'est une mesure de prophylaxie ultra simple, peu
coûteuse et efficace (d'un point de vue
épidémiologique, c'à-d statistique): c'est évidemment
impraticable à la campagne quand la population vit de
la culture de ce même mil ou maïs. Comme
les
traitements ne marchent plus et que la prophylaxie ne
coûte rien, ça ne justifie pas de monter le genre de
projets en fonds publics à gros budget où tout le
monde trouve son compte, ni les grand-messes
télévisées de collectes de fonds (même remarque).
Le sida,
quant à lui, touche toutes les classes
sociales, et sa plus grande visibilité mediatique
tient à ce qu'il a affecté des milieux appartenant à
l'élite. En Afrique il s'agit tout particulièrement
des milieux scolaires et universitaires (à travers la
pratique déplorable mais répandue et implicitement
admise par le corps social, du "droit de cuissage
professoral") ainsi que celui des camionneurs
(profession qui en Afrique fait peu ou prou partie du
secteur "high tech", donc porteuse d'un -modeste-
prestige social; les camionneurs africains sont
réputés gros consommateurs des prestations des "sex
workers" (terme politiquement correct utilisé dans les
documents officiels des Nations-Unies ou de la Banque
Mondiale, "de préférence à d'autres termes pouvant
être considérés comme offensants par les
intéressé(e)s").
Je n'ai pas
les chiffres sous la main mais on doit
avoir sur le continent au moins 15 millions de morts
annuels à cause du palu contre 2 pour le sida, à
supposer que les chiffres publiés aient un sens. Ce
dont je doute pour des pays dont la population est
connue à peine à +/- 30% près : même en Afrique
du
Sud, où existe une administration moderne hérité
de
... , enfin ... euh ..., disons ... "d'avant" (en
anglais sudaf on dit "wayback" en y ajoutant une
intonation légèrement évasive), le dernier recensement
a donné 43 millions d'habitants quand beaucoup
d'économistes et de démographes l'estiment entre 50 et
55.
Les Sud-Af
vendent dans les chaînes de magasins "Cape
Union Mart" (l'équivalent local du Vieux Campeur) des
lessives antimoustiques qui lavent le linge en y
laissant des traces d'insecticide. J'ai utilisé ça
quand ma fille est venue nous voir avec son bébé de 5
mois et nous avons traversé les zones impaludées
autour du Parc Kruger et du nord du Kwazulu sans que
le bébé ait eu aucune piqûre. Les
Sudafs ont aussi un
médicament appelé "Coartem" fabriqué par la filiale
locale de Novartis (et qui n'a apparemment pas encore
reçu le visa en France) qui est une association
originale entre une molécule synthétique et de
l'extrait d'Artemisia et ça a l'air efficace (des gens
que je connais et qui avaient contracté des formes
vicieuses de palu sont encore en vie après avoir pris
ce produit) mais il ne faut pas l'utiliser en
préventif. En
revanche, ce médicament est cher (30
euro la plaquette pour un traitement de 4 semaines,
soit l'équivalent d'un mois de salaire d'un
travailleur mozambicain) et donc totalement
inaccessible à 90% de la population du continent
(avantage du prix élevé: ça évite qu'on l'emploie
en
préventif à large échelle et ça éloigne
donc le risque
d'apparition de souches résistantes de plasmodium ...)
C'est cynique
mais c'est le coeur du problème, un
peu comme la position de Thabo Mbéki sur le sida,
totalement caricaturée par les media occidentaux: en
fait il estime que si on distribue les
antirétroviraux, on prolonge la vie des malades et
surtout la durée de phase asymptomatique, et donc on
multiplie la contagion - c'est l'inverse du phénomène
bien connu avec les épidémies foudroyantes qui
s'éteignent lorsque elles tuent trop vite pour que les
malades aient le temps de contaminer d'autres
personnes : on a vu ça il y a une dizaine d'années
avec une flambée de peste pulmonaire en Inde).
Voilà un peu la problématique -bien cruelle- telle
qu'on peut la voir depuis l'Afrique.
|