[promo
66]
" Lorsque
se déroule une réunion au sommet, entre la France et l’Allemagne,
nous sommes de nombreux interprètes, assis juste derrière les
ministres, en chuchotant dans leur langue les paroles qui viennent d’être
prononcées par leur interlocuteur ; nous sommes comme des petits
oiseaux qui piaillent tout bas, en faisant le va et vient entre les oreilles
qui sollicitent la traduction ". C’est ainsi que
Brigitte Sauzay décrivait le rôle qu’elle avait joué
en de bien nombreuses fois assise entre François Mitterand et Helmut
Kohl prolongeant ainsi le travail effectué avec leurs prédécesseurs.
Infatigablement elle répondait aux multiples appels qui lui étaient
adressés. Son emploi du temps se trouvait souvent bouleversé,
à la merci d’une rencontre non programmée entre les deux chefs
d’état. Et en parlant avec elle je pensais alors à un autre petit
oiseau, la colombe lancée par Noé, au terme du déluge,
et qui finit par rapporter une branche d’olivier comme un rameau de la paix.
Derrière les grandes personnalités qui ont présidé
à la réconciliation franco-allemande, se trouvent de nombreux
petits oiseaux, des messagers de la paix, qui ont catalysé la parole
de réconciliation entre les deux pays.
Elle travaillait sans aucun esprit de parti : après avoir servi Helmut Kohl, elle a été appelée de façon originale par Gerhard Schroeder, qui lui a confié, au moment où s’effectuait le changement politique en Allemagne, une place toute à fait nouvelle dans son cabinet, pour affermir le dialogue de l’Allemagne vers la France au sein de la construction européenne. Elle a œuvré pour que le chancelier et le président Chirac parlent d’une même voix dans les conseils européens et cela s’est magnifiquement réalisé. Le sourire qui accompagnait ses paroles inspirait confiance. La dernière fois que je l’ai rencontrée, elle décrivait non sans humour ses multiples déplacements, les allers et retour entre Paris et Berlin, la joie de retrouver son appartement rue de l’Abbaye, près de Saint Germain des Près ; le petit oiseau migrateur multipliait les va et vient entre les deux capitales.
En ce dernier 11 novembre nos deux peuples ont évoqué la guerre si cruelle qui les a meurtris. En faisant mémoire des combats qui se sont inutilement réalisés, les Français et les Allemands ont vomi unanimement de pareils luttes fratricides. Le souvenir de cette " boucherie " ( c’est ainsi que l’on parle de plus en plus pour qualifier la guerre des tranchées) rend encore plus évidente la qualité du chemin parcouru depuis cinquante ans et la gratitude que nous devons exprimer vis à vis de tous ces artisans de paix.
C’est ce onze novembre au moment même où tant de voix s’élèvent pour honnir la guerre et tourner la page que le petit oiseau est mort silencieusement… au terme d’une cruelle maladie, comme on dit pudiquement. Elle nous laisse en héritage tout ce travail de réconciliation. Heureux les artisans de paix !