Réponse de Louis Pouzin à Madame la Ministre, 19-3-03

Tout d'abord je voudrais vous remercier chaleureusement, Madame la Ministre, de réserver une tranche de votre temps très demandé pour cette cérémonie non pas secrète, mais généreuse, et ouverte sur la fête, celle de l'internet, dont vous êtes la marraine.

Le tableau plutôt flatteur de ma trajectoire, que vous venez de brosser, s'adresse aussi dans une large mesure à mes collègues et amis, ceux que vous voyez réunis aujourd'hui, ainsi que d'autres de par le monde, que j'aurais aimé revoir, mais que les distances n'ont pas permis de rassembler.

Ces années où nous avons bossé ensemble, et parfois cabossé, ont été fructueuses, passionnantes, et j'ajouterais, amusantes. Dans notre métier, le travail est une façon de se faire plaisir. Sinon, en vaudrait-il la peine ?

Un demi siècle de plaisir, c'est une grande chance, celle d'avoir été là au début. Les ordinateurs sont apparus en France vers 1960, les réseaux après 70, l'internet et l'ordinateur individuel après 80, le web après 90, la bulle internet après 2000. Et aucune de ces métamorphoses n'a été planifiée, ni même attendue. Que nous réserve 2010 ? Des robots de compagnie, le Ministère de la Vérité vu par Orwell, ou des clones téléchargeables en pièces détachées, sans droit d'auteur ni pedigree? Bien malin qui pourrait le savoir.

Et c'est là qu'est la grande chance des générations montantes, les 30 ans et quelques, dont certaines ou certains sont présents parmi nous ce soir. L'informatique se réinvente en permanence, et on peut toujours être là où quelque chose commence.

Ces jeunes ont besoin de projets à leur mesure pour concevoir le futur. De préférence dans un cadre européen, ouvert à d'autres langues et d'autres traditions. Les talents ne manquent pas. C'est à la société de savoir les cultiver.

Madame la Ministre, vous nous avez fait l'honneur de nous recevoir. Nous vous en remercions très sincèrement, et nous vous disons, au revoir.