[ Naissance d'une civilisation | Version intégrale en PDF ]
En parcourant cet ouvrage, le lecteur a pu se convaincre que la mondialisation
n'est pas seulement un sujet à la mode, lié à une actualité
brûlante, mais aussi le révélateur d'un phénomène
profond que les auteurs qualifient de "naissance d'une civilisation".
A la lumière de cette analyse, la mondialisation n'est plus réduite
à sa dimension financière et commerciale. Elle apparaît
comme le fruit d'un changement de la vision du monde, d'une modification des
cultures et des moeurs : c'est l'humanité tout entière qui est
à la recherche de nouveaux équilibres.
Cette volonté de dilater à tous les horizons le champ des observations
fait l'originalité de ce livre court mais dense. A ceux qui ne voyaient
dans la mondialisation qu'un processus économique -conquêtes de
marchés et spéculations sur les mouvements de capitaux- , les
auteurs opposent d'autres références l'immense progrès
des connaissances scientifiques, les nouvelles technologies qui décuplent
la puissance d'intervention des êtres humains sur la nature et sur eux
mêmes, L'émergence d'une culture de la complexité, de l'incertitude
et de la solidarité globale des nations, la disparition des sanctuaires
physiques qu'offraient aux États les frontières géographiques,
l'avènement de l'information et de la communication comme éléments
majeurs du rayonnement culturel et de la puissance économique. Ainsi,
contrairement a ce qui est le plus souvent prétendu, la mondialisation
ne serait pas un phénomène imposé par la volonté
hégémonique des plus puissants sous la bannière de l'économie
libérale, mais la conséquence directe, mécanique, inéluctable
du mouvement des sciences et des techniques et de l'explosion des moyens de
communication. La source serait culturelle et non pas marchande et spéculative.
Pour l'UNESCO, Il y a, dans cette thèse, matière à ample
réflexion. La Commission de la République française pour
la science, la culture et l'éducation a produit cette étude dans
la ligne de ses travaux antérieurs, qui ont si souvent aidé notre
Organisation dans l'accomplissement de sa mission. Elle confirme ainsi l'importance
du rôle que jouent les commissions nationales pour notre information et
pour l'inspiration de nos programmes. Le thème de la mondialisation et
la voie qui a été choisie pour le traiter constituaient un difficile
défi. Il a été décidé de confier à
deux personnalités la responsabilité de la rédaction sans
chercher des formulations de consensus qui auraient pu affaiblir la vigueur
des conclusions. Nous sommes ainsi en présence d'un instrument de travail
pour de nouvelles consultations, car cet ouvrage se veut, à l'évidence,
plus une ouverture sur un avenir qu'il faut continuer à déchiffrer
qu'une réponse à des questions dont les solutions iraient d'elles
mêmes.
Les deux auteurs nous sont connus de longue date. Yves Brunsvick, en qualité
de secrétaire général puis de vice président de
la Commission française, a consacré sa carrière à
cette mission d'appui auprès de son gouvernement et auprès de
l'UNESCO. André Danzin a été à l'origine de la création
du Programme intergouvernemental d'informatique, dont il est président
d'honneur. Il est, par son imagination et sa rigueur, un des grands du "regard
sur le futur".
Ayant contribué à éclairer les problématiques de notre temps dans un esprit résolument prospectif, ils ont acquis la conviction que nous vivons une rupture de civilisation, exceptionnelle par sa profondeur. En dépit de la sévérité de certains constats, l'ouvrage débouche sur des perspectives encourageantes, qui renouvellent l'espérance humaniste. jamais peut être les missions attribuées à l'UNESCO par ses pères fondateurs n'ont été plus justifiées, plus nécessaires. L'irrémédiable n'existe pas. La capacité créatrice de l'être humain est notre espoir.
Federico Mayor
Directeur général de l'UNESCO