[Territoires et sociétés de l'information en France]

 

Chapitre 2

De nouveaux concepts

 

De nouveaux concepts sont en train de naître du fait de la société numérique mondialisée. Le premier d'entre eux provient de la remise en cause de la notion de territoires. Rappelons que les départements de l'époque Napoléonienne ont été conçus sur la base du déplacement: un cavalier devait pouvoir faire l'aller-retour à cheval depuis la préfecture dans la journée. La fracture numérique engendre des concepts nouveaux pas totalement formulés à ce jour mais qui seront analysés dans ce texte par type de publics. Enfin, deux nouveaux concepts sont utiles pour comprendre les phénomènes, celui des biens publics mondiaux et celui de l'entreprise virtuelle.

 

La conception même du territoire est remise en cause par ces sociétés liées à l'information. Ce concept devient central dans le débat politique.

 

Roger Sue estime que la recrudescence des inégalités mine le socle démocratique. La fracture numérique, nouvelle forme d'inégalité, qui apparaît avec les TIC touche plusieurs types de publics. Pour chacun d'eux, il convient de faire une analyse. En effet, la politique actuelle serait en représentation, comme au spectacle, et donc de plus en plus coupée de la vraie représentation de la société civile. Cette impression a été révélée dans chacun des territoires rencontrés.

 

Ce chapitre se situe dans la lignée de Jacques Ellul, qui affirmait que l'environnement technologique engendre des usages et des modes de pensée particuliers.

 

 

2.1. nouveaux territoires et l'accès

 

     Chacun dispose de son territoire, celui de vie, celui-ci est significatif, administratif, celui-ci est quelque peu dénaturé...

Les limites administratives sont de « vrais murs de Berlin ». Elles sont fixées dans le temps. Le territoire est soit un soit un découpage administratif, soit une réalité économique et sociale. Dans un territoire, la communication, à son sujet, n’est-elle pas l’outil pour dire ce que l’on n’a pas fait ou pas encore fait ? Les nouveaux territoires naissent, ils se justifient à partir de critères. La recherche de l’entité géographique la plus pertinente n'existe pas, mais il s’agit plutôt des niveaux de territoires, imbriqués les uns dans les autres. La question est alors de savoir quel est le territoire ou les territoires les plus adaptés aux projets. La réponse cherche souvent à concilier la pertinence des territoires et la légitimé des acteurs. Premier constat, il n'existe pas de corrélation mécanique entre identité et ceux-ci.

 

 

2.1.1. Le territoire rampe d'accès aux technologies

 

Le réseau, avec ses applications Web, est présenté avec la métaphore d'une toile, maillage dépourvu de centre, de base, de sommet. Ces nouvelles technologies, qui ne sont pas développées par hasard, correspondent à de nouveaux usages sociaux, dont le premier effet est de remettre en cause la notion même de territoire, notion fondée sur un centre : la capitale ou le chef-lieu.

 

 

2.1.1.1. Quel peut être le processus de construction des territoires ?

 

Les notions actuelles de territoires sont fondées sur des critères liés à la seule géographie des déplacements,` physiques. Si ces territoires ne semblent plus efficaces dans le, monde numérique, la construction de nouveau territoire reste complexe.

 

La commune et le département, territoires historiques

 

Un des territoires les plus choyés est la commune. Commune, cela signifie vivre ensemble. C'est pourquoi, on ne décrète pas les territoires. Les villes nouvelles sont des espaces, mais initialement elles n'étaient pas considérées comme des territoires. Historiquement, la défense est au cœur de la production des territoires. La production du cyberespace est une métaphore, car, sans le « social », il n'y a plus de territoire. Malgré tout, les politiques ont tendance à créer des territoires pour justifier leurs actions.

 

La notion dépassée du territoire à aménager

 

Pour les élus, lu territoires ne sont pas des notions dépassées. Ils ont beaucoup parlé de « politique d'aménagement du territoire », mais ils ne savaient généralement Pas les Identifier. A l'exception de l'aménagement du Languedoc Roussillon, érigé par le préfet Racine. Mais dans ce cas, la conception de « région » n'existait pas réellement. La prise de conscience est apparue dans les années 80. Depuis, les TIC servent d'outils et aident à la constitution des projets. Ces technologies permettent de réduire les distances, et impactent ainsi les territoires.

 

Vers la notion de pays ou de bassin économique

 

Au cours des décennies, trois phases ont été observées : l'équipement des territoires, l'aménagement des territoires (fonciers et économiques), puis en 1990, l'introduction de la notion de développement. La question est alors de savoir comment caractériser le développement des territoires.

 

La région Aquitaine propose une démarche en quatre éléments : d'abord le développement économique et de l'emploi; ensuite celui des services à la population ; celui du logement, enfin, celui de l'appartenance et de l'identité au territoire; d'où la notion de pays et d'agglomération. Parmi les exemples : la région Aquitaine comporte 21 territoires érigés en pays, avec des intercommunalités à fiscalité propre. Il est important qu'il y ait des territoires de projet qui fonctionnent, plus que de disposer des territoires, c'est à dire décider de manière autoritaire les limites d'un territoire. La difficulté réside dans le fait que ces territoires peuvent dépasser les limites territoriales définies historiquement. La démarche des territoires en projet permet de disposer d'une planification des activités futures au même titre qu'avaient été planifiés de grands aménagements.

 

L'émergence d'une culture du développement

 

La mise en couvre d'une nouvelle forme de démocratie locale fait apparaître des nouvelles conflictualités dont le dialogue partagé est la clé. Deux thèses s'affrontent. Les TIC apparaissent comme un enfermement où TIC. semble être créateur de valeurs partagées. Une question plus opérationnelle cherche à comprendre, comment à travers l’usage de cet outil on permet l’usage de la citoyenneté.

 

Premier point favorable, les TIC permettent de travailler sur les statuts. C'est essentiel dans la reconnaissance sociale et l'échange. La question précédente a une traduction. Il s’agit de savoir comment permettre à tous d'accéder et donc d'avoir des statuts identiques. Le dilemme est alors de vérifier si on cherche à préserver l'égalité républicaine, ou si au contraire, on observe la construction de lieux de relégation sociale. On revient alors sur le rôle central des élus et des dirigeants territoriaux dans la construction des symboles communs. Cela se traduit par des engagements comme « l'accès au droit de tous pour la mobilisation de tous », comme le souligne le rapport du conseil économique et social du 18 juin 2003. Ce travail sur les statuts est une responsabilité individuelle et collective.

 

       En approfondissant cette question, on peut analyser un deuxième point plus précis. Les TIC seront-ils des outils de la citoyenneté ou les TIC deviendront-ils un outil d'usage de quelques uns et qui marginalisera des publics fragilisés ? Les acteurs en appellent au grand sorcier : « aidez nous car le public fragilisé n'est pas nécessairement le public socialement fragilisé ». Il en découle que la question sur les TIC est surtout, une question d'éthique.

 

 

2.1.1.2. Le paradoxe territoires et TIC

 

Le territoire est le lieu de lisibilité des choses pour le citoyen. Selon Serge Bergamelli, la Caisse des Dépôts     accompagne environ 170 projets en 2003. La Caisse ne peut juger que certains territoires sont prédéterminants. Par contre, il est certain que les technologies renforcent la compétition entre les territoires. « Le millefeuille organisationnel montre qu'il y a différents niveaux territoriaux ». Les experts, réunis à Hou­rtin (Gironde) constatent que les départements ont pris une longueur d'avance dans les TIC, peut-être du fait qu'ils sont menacés de disparition. Autre constat, les technologies renforcent des échelons administratifs existants, au détriment des nouveaux territoires.

 

Tous les théoriciens auraient pronostiqué la disparition des territoires. Le village      mondial est l'aboutissement de la mondialisation ? Les théories autour de la communication avaient fait disparaître les territoires. Certaines collectivités se sont emparées de ce phénomène pour se faire un nom en terme de développement. L'outil TIC offre une couche de développement supplémentaire. Citons l'exemple de Parthenay, haut lieu du développement de Ces technologies qui permettent d'initier de nombreux projets innovants. Par ailleurs, des « cathédrales ont été construites dans le désert », l'introduisant une dynamique mais sans substrat. Selon Patrick Eveno, les TIC seraient l’une des couches de développement des territoires, elles deviennent parfois des bouées de sauvetage.



2.1.1.3. La formation de nouvelles communautés...

 

Les nouvelles technologies introduisent des mouvances. 0n a alors des références de communautés de pratiques. Il y a ainsi une opportunité dans le développement des TIC. En obtenant l'information sur les emplois, en accédant aux offres de formation, concurrence et opportunité s'installent entre communautés. En particulier, des communautés de pratiques se sont développées sur le même modèle que les communautés de savoirs. Le nouveau territoire numérique est moins défini que les territoires traditionnels, il est mouvant, il s'ajuste et s'adapte au besoin. Ils forment de nouveaux territoires qui s'ajoutent aux autres plus traditionnels. En conséquence, on observe des mouvements de territoires.

 

Les trois niveaux des territoires..

 

Trois champs sont importants : la fabrication des territoires comme marque, le terrain institutionnel déterminant le territoire, et enfin la dimension Politique et citoyenne.

 

Dans le premier cas, la communication sur le territoire se fait comme celle d'une marque. Les territoires évoluent dans le temps. Leur identité doit donc s'inscrire vis à vis de l'extérieur, dans une logique de concurrence des territoires. Il est alors important de fabriquer de l'identité à l’interne. Donnons quelques exemples : « Vivre à Limoges »,  « Sartrouville, le Journal », Le Mans, notre voie », « Demain Clermont Ferrand », « Le grand Alès en Cévennes », « Dordogne, le Périgord en marche », «Le             Grand Dijon », « le Grand Besançon ». Cette presse des territoires est spécifique à la France.

 

Dans le deuxième cas, c'est l’attribution du mérite d’une réalisation, le rapport au territoire consiste à affirmer le territoire. Par exemple, la ville de Besançon est valorisée par sa distribution de PC dans les écoles.

 

Dans le troisième cas, la relation citoyenne consiste à organiser une re‑politisation des enjeux locaux. On a une pédagogie du projet collectif, celui de penser à lui pour demain. Le projet Paulliwood d'André Labarrère à Pau et le développement des TIC à Issy‑les‑Moulineaux par André Santini, se situent dans cette lignée.

 

Il faut peut être éviter de construire de faux territoires.. Cette notion de faux territoires n'est pas dépassée, au contraire elle génère de plus en plus de débats.

 

 

2.1.1.4. Deux approches des territoires

 

Fred Forest nous Propose une distinction simple entre les territoires physiques et les territoires mentaux. Cette dernière forme de territoire est un concept opérant pour comprendre le monde d'internet.

 

Les territoires physiques

                                                                                    

Selon Fred Forest, la notion de "Territoire« et son concept sont indubitablement attachés d'une façon existentielle, sociale et culturelle à la personne humaine. L’homme a toujours  besoin d'un coin de jardin d'un espace où poser son pied, d’un coussin sous la tête à l’heure de son sommeil. L’homme a besoin d'un territoire depuis toujours, pour chasser, pour pêcher pour construire sa maison, pour mettre à l'abri sa famille et ses enfants. Ce sont là des territoires physiques.

 

Les territoires mentaux

 

Fred Forest sépare les territoires physiques des territoires mentaux Ces derniers nous permettent de stocker des connaissances, d’annexer des contrées entières de la pensée et sont de véritables tremplins pour l'imagination. Chacun est responsable de son propre territoire. Chacun doit le faire fructifier, le mettre en valeur, et toujours  ménager une place pour accueillir éventuellement celui qui, moins chanceux, cherche une borne où amarrer quelques instants sa dérive itinérante. Fred Forest nous invite alors à faire ensemble la visite d'un Territoire bien singulier. Un territoire artistique, car la fantaisie et l'imaginaire sont aussi indispensables que l'eau des rivières, le sel de la mer et le sable des plages... La société d'information a aussi besoin d'imaginaire !

 

 

2.1.1.5.   Du modèle touristique au modèle technologique de l'information et de la communication

 

Depuis la création de la DATAR en 1962, la notion même d'aménagement du territoire a changé. La loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire

de 1999, dite loi Voynet est à la fois un tournant et un point bloquant dans l'aménagement numérique des territoires

 

La DATAR

 

Le décret no 63‑112 du 14 février 1963 a créé la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (DATAR) et fixé les attributions de son délégué. Ce dernier s'est vu confier, par ce texte, un rôle de synthèse, d'arbitrage et de propositions des politiques de l'État en matière d'aménagement du territoire.

 

La Mission Interministérielle pour Aménagement Touristique du Languedoc Roussillon

 

 

Le 18 juin 1963, l’Etat crée la Mission Interministérielle pour l'Aménagement Touristique du Littoral du Languedoc‑Roussillon dont Pierre Racine est nommé Président. Cette mission a permis de doter la Région Languedoc‑Roussillon d’équipemients touristiques majeurs largement concentrés sur le littoral méditerranéen selon un schéma directeur pré-organisé et coordonné par la Mission Racine jusqu'en 1982. Les investissements principaux ont donné lieu à la création de nouvelles stations (Port‑Camargue, la Grande Motte, le Cap d'Agde, Gruissan, Port‑Leucate, Port‑Barcarès et Saint­-Cyprien). Ce qui représente plus de 500 000 lits. En parallèle, la Mission a multiplié les espaces verts dans les stations, les grands massifs littoraux (Gardiole, Clape) ont été reboisés et des milliers de jeunes plants d'arbres ont été distribués gratuitement aux habitants de la région, elle a favorisé le développement de projets autour de la télévision par câble.

 

La naissance de la politique de syndicat mixte.

 

Afin de pérenniser la dynamique créée par la Mission, le Syndicat Mixte pour l'Aménagement touristique du Languedoc‑Roussillon est formé (en 1983) entre la Région Languedoc‑Roussillon et les Départements de l’Aude, du Gard, de l'Hérault, de la Lozère et des Pyrénées Orientales. Pierre Racine en sera Président jusqu'en 1986. A compter de cette date Jacques Blanc, Président de la Région est élu Président du Syndicat Mixte. Depuis 1998, le Syndicat Mixte, tout en aidant les stations à se développer et se rénover, assure la coordination de l'opération "Ports Propres en Languedoc-Roussillon ». Cette solution des syndicats mixtes est utilisée dans des projets de télécommunications.

 

Le CIADT

 

Le gouvernement définit sa politique et ses priorités en matière d'aménagement et de développement du territoire lors de comités interministériels présidés par le premier ministre ou, en son absence, par le ministre chargé de l'aménagement du territoire, dit CIADT depuis 1997. Ces comités, depuis le début sont consacrés en partie au développement des technologies de l'information et de la communication. Lors du CIADT du 13 décembre 2002, le gouvernement a fixé à la politique d'aménagement du territoire quatre nouveaux enjeux : contribuer à la création de richesse, favoriser l’ouverture internationale des métropoles et des régions, faire, participer tous les territoires au développement de la France, et donner à chaque territoire les moyens de son développement.

 

Le CISI

 

Depuis 1998, le gouvernement a créé le CISI ou Comité Interministériel pour la société de l'information dont la 4ième réunion a eu lieu le 10 juillet 2003. Il définit l'action gouvernementale en faveur du développement de la société de l'information, qui s'articule en trois parties : la modification et l'adaptation du cadre législatif et réglementaire ; la promotion des usages d'Internet pour tous ; l'intervention directe de l'Etat en tant «acteur de la société de l'information. Celui-ci fait suite aux réunions du 10 juillet 2000, du 19 janvier 1999 et du 16 janvier 1998. Dans chacune des régions, les acteurs spécialistes du domaine s'étaient inquiétés de la longue période sans CISI.

 

Le CISI de l'année 2000 s'était placé dans la logique du Sommet en voulant donner à tous la possibilité de maîtriser les outils de la société de l'information, en favorisant le développement des espaces publics numériques, en créant le « brevet Internet et multimédia » à l'école. Il voulait garantir un développement équilibré du territoire avec un essor des réseaux régionaux à haut débit. La lutte contre le fossé numérique Nord‑Sud était inscrite dans le texte. Un dernier           volet consistait à préparer l'avenir, il s'agissait d'accroître le nombre des professionnels des technologies de l'information,        avec la création d'écoles supérieures nouvelles et de licences professionnelles en informatique et multimédia et l'augmentation de 50 % en cinq ans du nombre des diplômés du Groupe des Ecoles des Télécommunications (GET), qui comprend l'INT. A cette occasion, a été créé le CSTI (Comité Stratégique pour les Technologies de l'information) placé auprès du Premier ministre afin d'associer les acteurs publics et privés de la recherche et entreprises à l'élaboration des orientations stratégiques de l'État en matière d'innovation, de recherche et de développement dans les TIC. La recherche avait vu ses moyens augmenter: « Les moyens en effectifs de la recherche publique consacrés aux technologies de l'information augmenteront de 25 % en quatre ans; les effectifs de l’INRIA seront doublés et un département TIC sera créé au CNRS ».

 


2.1.1.6. Le dialogue nécessaire influe sur la notion de territoire.

 

 

Les technologies d’information et de communication imposent un dialogue nécessaire. Le temps des grands sorciers, des experts et de ceux qui détiennent le savoir des TIC est révolu. Les questions sont plus pragmatiques. « On est désarmé dès que le numérique ne marche pas ». Ces  technologies effacent les territoires physiques. Cela pose le principe des territoires qui n’est plus délimité institutionnellement même si le dispositif juridique délimite le territoire. De même, le territoire n'est plus délimité de façon électorale. Le mandat politique est celui du destin croisé, celui des élus et celui des projets.

 

Chacun d'entre nous circule sur le territoire, il n'est donc pas géographiquement limité Ainsi, la cohérence territoriale devient celle de la cohésion nationale. C’est                   pour cela que la question de l'accès et de l’égalité est le seul projet commun qui porte la cohésion sociale. Dans certaines villes comme Besançon, les TIC sont des projets communs à des administrations qui ont des compétences territoriales différentes. Le succès des projets renvoie à cette relation de proximité. Le maire est en proximité de ses électeurs, il a la compétence et la vision qui permet la mise en oeuvre d'un projet territorial. Ainsi, le maire a la tâche d'articuler les destins individuels et collectifs.

 

 

2.1.1.7. Rôle des échelons territoriaux :  départements et régions   

 

En complémentarité du projet de Pau, le Conseil Général de Pyrénées Atlantiques lance la construction d'un réseau public mutualisé en fibre optique début 2004 afin de couvrir l’ensemble du département des Pyrénées-Atlantiques de façon homogène et d'étendre ainsi les nouveaux services TIC à tout le territoire. De plus, une agence départementale des TIC vient d’être créée visant à renforcer l’appropriation et à sensibiliser le grand publie aux TIC. Une vingtaine de cyberbases vont ainsi être déployées pour développer le nombre d'usages.

 

De manière similaire, le projet de Castres Mazamet n’a de sens que dans son intégration dans le réseau Tarn et-tera. Il s'insère dans le réseau régional ASTER. Le réseau de Besançon a souffert de l'absence d’opérateurs longue distance. MEGALIS, réseau des deux régions Bretagne et Pays de Loire influence les développements des TIC dans ces deux régions.

 

2.1.2. Les publics actuels des technologies de la communication et de l'information

 

Réfléchir sur les publics cibles est nécessaire pour bien développer les nouvelles applications.

 

2.1.2.1. Les publics actuels et l'administration électronique

 

La fracture numérique pourrait s'expliquer par la fracture sociale.

 

Fracture sociale et numérique : le service public fédérateur des réseaux et des territoires ?

 

Quel est le rôle du service public dans la lutte dans la fracture numérique ? Y a-t-il un réel rôle de fédérateur entre les initiatives des associations et des acteurs privés ? Les structures publiques ont un rôle de moins en moins décisionnaire, mais de plus en plus coordinateur ?

 

Les citoyens et les TIC

 

Dans la région Pays de Loire, une enquête a été réalisée. Les enseignements sont clairs : il reste un travail de fond avant d'atteindre un concept d'e‑administration abouti et fonctionnel. En terme de connexions la région Pays de Loire se situe dans la moyenne nationale avec 28% des foyers (parmi eux, 47% des foyers possèdent un ordinateur à leur domicile) et 49% des entreprises connectées. Cependant, l'usage d'Internet reste restreint : les résultats de l'étude montrent que les demandes s'orientent principalement vers des échanges d'e‑mails (67%) des recherches d'informations culturelles (62"/o), d'informations sur les loisirs (56%), et d’actualités (54%).

 

On observe également une forte corrélation entre le taux d'utilisation d’Internet au travail ou dans un cadre scolaire, et celui des mêmes citoyens à leur domicile. Or les citoyens attendent massivement un contenu public de services en ligne. Un service qui leur permettrait de réaliser des opérations administratives depuis leur domicile ou leur lieu de travail sans avoir à se déplacer.

 

 

2.1.2.2. L'accès public et les portails

 

Les outils de communication ne sont utilisés que si les publics concernés y ont accès, SMS et portail sont alors deux solutions.

 

L'accès par SMS

 

Le SMS, ou Short Message Services permet d'envoyer ses informations depuis son téléphone mobile. La  population commence à les utiliser pour communiquer et pour jouer ou voter à la télévision. Il est facile de les utiliser alors dans la vie citoyenne.

 

 

 

Les habitants de Talant (Côte‑d'Or) peuvent s'adresse à la mairie par SMS

 

Depuis janvier 2003, la direction de la communication de Talant (12 000 habitants) a mis en place un service SMS, à l'initiative du maire Gilbert Menut.

C'est le service de la communication qui détient le portable dédié et qui est chargé de répondre.

 

Suivant la complexité de la question, il est répondu au demandeur par SMS, téléphone ou courrier classique dans d­es délais adaptés. Félicitations ou remarques sur une manifestation locale, anomalie affectant la voirie ou l'espace public, l'objet de ces SMS « entrants » est varié.

 

 

L'exemple de la région pays de Loire

 

Un audit de l’Internet public a été réalisé dans toute la région Pays de Loire. 110 sites Web sur 360 ont été recensés et entendus. Une grille d’analyse de 120 questions a permis d’analyser la stratégie interne de la qualité de l’information au niveau du BackOffice.

 

Seul 8% des communes et 30 % des intercommunalités ont un site développé. Les prestataires sont peu nombreux. Les 2/3 des sites publics sont peu conceptualisés. Les notices d'utilisation manquent souvent à l'appel, les forums sont peu nombreux. Un effort important est fait sur le graphisme. La conception des contenus est claire pour un site sur deux.

 

Pour conclure, l'ensemble du réseau des sites Internet publics ne peut être considéré comme performant. Souvent, les sites connectés sont issus de motivations personnelles d'élus. Les responsables de ces sites (quand ils existent) ne sont pas conviés aux réunions communales.

 

Les sites quant à eux sont pauvres en informations, peu interactifs. On a souvent affaire à des sites vitrines qui n'ont pour seul intérêt que de manifester discrètement l'existence de la commune dans l'océan du Web. Un argument souvent évoqué: les contraintes imposées par le calendrier électoral. Notons tout de même que moins d'un site sur deux répond aux demandes spontanées des usagers par mail.

 

3. Les deux fractures

 

A la fracture du réseau s'ajoute la fracture de compréhension du contenu.

 

D'abord un problème technique d'accès au réseau, puis celui de savoir se servir de l'outil

 

C'est en premier lieu un problème d'accès physique au réseau. La fracture numérique se glisse un peu partout. Elle est présente en tous les points d'un territoire par l'intermédiaire des réseaux. Ainsi, le maillage du réseau devient important. Beaucoup d'élus affirment qu'il faut, ensemble, que l'on continue à se battre pour que les choses soient possibles pour tous. Le secteur publie peut contribuer à ce maillage pour qu'il n’y ait pas d'exclus des réseaux qui seront nécessairement s des zones défavorisées ou rurales.

 

Le deuxième problème est celui d’un savoir. Pour trouver un travail il faut une voiture et maintenant  il faut savoir se servir d’un ordinateur. Pour une personne en difficulté, « on peut discuter avec une assistante sociale et difficilement avec un ordinateur ». Pour ATD quart monde, il faut que ce soit une chance, car ce savoir est différent de celui qui a conduit la personne à l'échec. L’école publique et la formation continue peuvent servir de formation à ce savoir.

 

Une troisième question concerne le comment. Il s'agit d'une révolution culturelle et économique. Ainsi, des personnes qui ne savent ni lire ni écrire utilisent des ordinateurs. Mais ceux qui créent ces technologies savent lire et écrire. De plus il faut aussi que les pauvres et les exclus puissent apprendre à lire et écrire. L'Etat égalitaire ne peut que jouer un rôle dans ces apprentissages.

 

Après la technologie, le contenu est un point déterminant.

 

Le dépassement de la logique de guichet est nécessaire pour les administrations. Il n'est pas possible que l'on impose aux administrés de se former aux nouvelles technologies pour connaître leurs droits. Ce n'est même pas envisageable. En revanche, il faut créer des liens sociaux. Ainsi les guichets ­devraient évoluer en renouant des liens sociaux avec le  personnel dégagé par les gains de productivité. Il s'agit de recréer le lien entre les personnes et les outils. Il faut que les personnes puissent y retrouver des choses utiles et que les  outils leur permettent de trouver ce qu'elles cherchent parmi les contenus offerts. Ainsi, l'administration passera d'une logique de guichet à une logique d'accompagnement. D'autres technologies jouent ce rôle de création de lien. Ainsi, le téléphone portable permet de faire le lien avec des enfants placés ou des enfants de parents divorcés.

 

 

Les 17 et 18 juin 2003 a été voté au Conseil Economique et Social le projet d'avis :

« L’accès de tous aux droits de tous, par la mobilisation de tous", document qui a été publié le 26 juin 2003.

 

 

 

Le développement du contenu doit se faire avec tous. Toutes les expériences humaines doivent être prises en compte. Qui mieux qu'une personne qui est restée auprès d’un alcoolique, malgré toutes les difficultés, peut dire comment l'intégrer ? Elle dispose d'un savoir qu'elle ne va pas donner de but en blanc. Mais l'expérience de cette femme peut servir à d'autres, cette expérience a aussi une valeur qu'il devient de plus en plus nécessaire de mettre en avant.

 

Pour réaliser ce contenu, les politiques peuvent s'appuyer sur des associations ou responsabiliser le secteur privé. En ce qui concerne ces dernières, la question est de savoir comment impliquer les entreprises dans des actions d'insertion. Pour cela, il faut d'abord que ces entreprises acceptent de repenser le travail, et surtout de le repenser avec les usages des nouvelles technologies.

 

 

Faches‑Thumesnil, «Ville numérique pour tous »

 

Le projet « ville numérique pour tous » de Faches‑Thumesnil est un programme global, inscrit dans la durée, pour permettre l'accès public à Internet et aux TIC dans la perspective, du développement d'un portail de proximité. Il repose sur un intranet / extranet urbain, proposant des services administratifs en ligne, des services à destination des écoles, et tout un ensemble de rubriques réalisé par les associations et les acteurs de la ville.

 

 

Le message est simple. Les TIC, oui, mais avec un réel accompagnement et en visant la création de liens.

 

2.1.4. Le rôle des associations.

 

L'accès aux Technologies de l'information et de la Communication (TIC) passe avant tout par l'accompagnement et par des outils de construction de la solidarité. Les associations sont leader dans ce domaine et leurs expériences réussies sont très riches. Il est Indispensable de souligner l'humanité des animateurs et de voir que les nouveaux outils de communication ne sont que des outils au service de contacts humains, des prétextes pour établir des liens ou entretenir des relations. Parmi les exemples d’associations, on peut mettre en valeur l’action initiée par ATD Quart Monde ou plus localement, l’association « Les Invités au Festin » de Besançon, qui travaille sur des publics atteints de troubles psychiatriques. Un autre exemple est le Centre des déficients visuels de Bregille, dans le Doubs. Ce lieu est constamment en pleine effervescence. Dans ce centre, des outils permettent aux handicapés visuels d'accéder au multimédia et au WEB.

 

Les relations entre ces associations et les pouvoirs publics semblent de plus en plus nécessaires. Dans le cadre de la ville de Besançon, les associations sont déjà très riches en expériences réussies et confortent le CCAS dans ses engagements. Le CCAS a pour but de tisser des liens par la mise en réseau des associations et de leurs expériences, de renforcer les liens intergénérationnels dans les logements­-foyers en ouvrant une salle multimédia où les résidents de l'établissement et les habitants du quartier pourront échanger entre eux et avec le monde grâce aux outils informatiques. Des actions plus ponctuelles, et limitées dans le temps, chercheront à enrichir les liens interculturels autour d'actions comme la réalisation d'un support multimédia intitulé «d'une rive à l'autre» ou mémoires d'Algérie dans le cadre de l'année de l'Algérie.

 

[Image] Le premier répondeur téléphonique est devenu une pièce de musée à San Jose (Californie)

 

2.2. Les publics fragilisés

Pour certains des acteurs locaux rencontrés, chaque public a une fragilité, il s'agit de la découvrir et de la faire disparaître. Pour d'autres, la situation est différente, de nombreux acteurs rencontrés demandent de trouver les moyens de l'accompagnement adéquat pour l'illettrisme de demain. Un des thèmes consiste à savoir comment s'emparer de ces TIC pour reconstruire les liens sociaux qui font défaut. Les associations, des municipalités, les politiques locaux et les administrations doivent avoir la profonde humanité, qui ne peut que nous pousser à agir, en tissant ces liens.

 

L'accès au net des publics fragilisés

 

Une société en réseau, est-ce un nouvel illettrisme ? Ne risque-t-on pas de voir se récréer des pyramides du pouvoir associé au réseau de savoir ? Le constat est sans partage. Les réseaux envahissent le quotidien, la société de l'information n'est pas idéale et transforme la fracture sociale en une fracture numérique. La lutte contre cette fracture nouvelle devient nécessaire. En ce qui concerne les publics fragilisés, la question est alors de savoir si cette fracture est plus massive que pour les autres publics.

 

2.2.1. Les handicaps

 

Handicapés, fragilisés, exclus sont des termes qui regroupent à tort ou à  raison des populations, termes qui sont parfois mai définis.

 

Définition du public fragilisé

 

Au départ, il n'y a pas de définition dans le Sommet des publics fragilisés. Il y a une liste de famille. C'est à dire une liste de groupes spéciaux pour ceux qui ont des besoins spéciaux : femmes, insulaires, handicapés et pauvres. L’usage de cette liste prouve une absence de conceptualisation du problème. En revanche, le Sommet affiche qu'il faut l'accès de tous au droit    de tous. Il faudrait relier ces nouvelles technologies.

 

Si la notion de personnes défavorisées ou du handicap n’est pas bien définie, les séances préparatoires du SMSI n’ont pas progressé dans la définition des « familles ». Ainsi, les représentants de la société civile ont défini une liste de «familles» où l’on retrouve les familles à faible revenu, les handicapés, les migrants, les personnes âgées, les zones exclues, les femmes, ... Ce découpage montre soit l'impertinence de la question, soit une grande difficulté à aborder ces questions, soit l'incapacité des sessions préparatoires à aboutir. En revanche, Bernard Girardet, mission systèmes d'information du CCAS de Besançon rappelle qu'il existe une définition dans le cadre du code de l’action sociale. Les publics fragilisés représentent les personnes vulnérables par l'âge, le handicap ou les difficultés sociales.

 

En terme de handicap, il suffit de voir comment s'appuyer, sur l’expérience pour rebondir dessus. La meilleure solution  consiste à mettre en réseau ces échanges et ces expériences. Ainsi, on fera avancer la réflexion. La volonté de faire le «vivre ensemble », quel que soit l’homme, la femme en acceptant chacun de nos handicaps, afin d'être capable de faire avec les réseaux, et donc de faire rejaillir la vie.

 

Association « les invités au festin »

 

Cette association a été créée avec l'idée de la nécessité de lien en 1990. L’achat du couvent des capucins, rebaptisé, a permis la création d'un centre d'accueil de jour, pour 50 personnes, ainsi que la maison  «  relais les capucines » avec 13  personnes Le but est de prévenir l'exclusion chez les personnes présentant des troubles psychiques et prévenir les troubles psychiatriques chez les exclus. L’association compte actuellement 194 membres, 83 participants, dont 54 allocations d'adultes handicapés, 35 bénévoles et 9 salariés. L’informatique a été un succès.

 

L'objectif est de se situer au carrefour des systèmes économiques, culturels, et du social afin de créer des liens entre les exclus et les inclus, et en plus, de créer des liens entre les inclus et les exclus.

 

Pourquoi une salle informatique dans un univers psychiatrique ?

 

C'est l’histoire d'une aventure informatique, qui est vite apparue comme un processus irrémédiable. Il s'agissait de faciliter l'accès technique d'un maximum de personnes. Le point de réflexion est qu'en terme d'emploi, le choix de la société se fait sur les contributeurs au PIB et donc élimine ces publics handicapés. Le postulat était donc que les personnes ayant des atteintes psychiques seraient exclues des TIC. Le projet qui a commencé par une expérimentation s'est transformé en une vulgarisation., Les animateurs ont découvert la grande sensibilité de ces personnes à ce matériel dans une salle prêtée.

 

L'accès à l'informatique et non pas isolement par l'informatique est l'objectif visé. Le matériel est protégé et inclus dans le mobilier. Les animateurs de l'association ont porté leur travail sur les relations et l'entraide car la salle est équipée pour cela, les acteurs sont visibles. L'accès à la salle est réservé à ceux qui ont d'autres activités de type manuel. Dans cette salle, on utilise des logiciels courants, la suite 2002, Internet. L'initiation se fait par des petits groupes de participants, 8 groupes de 1 heure chacun. A cela, ont été ajoutés des après­-midi Internet comprenant des bénévoles, et des accès possibles à des personnes de l'extérieur, des personnes qui ont des besoins de liens (personnes âgées par exemple).La salle est aussi au service des personnes et de l'association, pour, par exemple faire une affiche pour annoncer la prochaine sortie. De plus, une lettre est réalisée par l'atelier informatique, la gestion des membres et la bibliothèque se fait avec ces outils.

 

Les outils informatiques ont ainsi permis de libérer la créativité, et les contraintes. Les personnes reprennent confiance en elles, c'est l'idée de maîtrise, qui se traduit par une prise d'assurance. Ainsi, les handicapés apprennent à avoir confiance en eux, ils découvrent des capacités qu'ils ignoraient. Le réseau permet de faire connaissance avec d'autres personnes, cela stimule et valorise. « On se sent égal aux autres», les handicapés se sentent utiles, et comme les autres, et donc moins déconnectés face à la société. C'est ainsi une porte ouverte pour réintégrer le monde professionnel.

 

 

2.2.2. Les handicapés parmi les publics fragilisés

 

La diffusion des technologies TIC dans l’ensemble de la société transforme les conditions d'exercice des activités traditionnelles en les rendent plus efficaces ou en permettant la création de nouveaux services pour la population.

 

Les TIC ont directement contribué à augmenter l’autonomie personnelle des personnes handicapées en leur permettant de réaliser eux-mêmes des actes de la vie quotidienne Ou professionnelle qu'il leur était impossible d'assurer auparavant. En effet, les TIC sont incorporées dans les nouveaux équipements de   compensation du handicap, tels les dispositifs de contrôle de l'environnement permettant aux personnes handicapées physiques, privées de l’usage de leur membre et de la parole, de communiquer avec leur entourage et avec l'extérieur au moyen d'un ordinateur équipé d'une synthèse vocale et connecté à internet. De même, la numérisation de l’information et sa mise en réseau à travers Ï’Internet permet, pour la première fois aux personnes aveugles et malvoyantes de travailler de manière complètement autonome et en temps réel sur l'information écrite. Il en est de même des sourds.

 

2.2.3. y aura-t-il une fracture numérique liée à une fracturé sociale ?

 

                                                                    

En ce qui concerne la fracture sociale, il faut que l'ensemble des acteurs soit très attentif au fait que les inégalités s’aggravent.

 

Les conditions de l'accessibilité des TIC aux personnes handicapées est une vraie question. L'accessibilité des TIC aux personnes handicapées ne va pas de soi et n'est pas le fruit de leur développement spontané ; elle ne peut être que le résultat d'actions volontaristes appliquées dans ce secteur.

 

La conception, la réalisation et la diffusion dans des conditions socialement acceptables des aides techniques spécialisées, matérielles et logicielles sont indispensables à un grand nombre de personnes handicapées pour utiliser les produits ou services de la société de l’information. Il peut aussi bien s’agir de dispositifs adaptés aux handicapés physiques pour remplacer les fonctions du clavier ou de la souris, que de plage braille ou de synthèse vocale pour les personnes aveugles. Ce volet qui relève de plusieurs politiques, notamment de celle en faveur des personnes handicapées, ne sera pas traité ici.

 

L'adaptation des produits et des services de la société de l'information aux besoins spécifiques des personnes handicapées est mise en avant par Bernard Descargues.

 

Les concepts d'accessibilité universelle, ou de Design For All (DFA) utilisés par l'Union européenne tentent de répondre à cet impératif. Selon ces conceptions, les produits et les services de la société de l'information doivent intégrer l'obligation d'accessibilité aux personnes présentant des besoins particuliers dès l'origine de leur conception. Ils doivent donc pouvoir être utilisés directement par la population la plus large possible, tout en intégrant les moyens de fonctionner avec les aides techniques adaptées aux besoins spécifiques des personnes handicapées.

 

Ces principes ont trouvé une application concrète sur Internet grâce au WW3C, consortium mondial des principaux acteurs économiques et techniques de l'informatique, et à son groupe spécialisé, le World Accessibility Initiative (WAI).

 

Le WAI a publié en 1999 un guide de recommandations pour favoriser l'accessibilité des sites Web : "Web Content Accessibility Guidelines 1.0" (directives pour l'accessibilité au contenu du Web, version 1). Ce guide donne des réponses aux concepteurs de sites Web notamment sur les modifications à mettre en oeuvre en priorité pour les rendre accessibles aux personnes handicapées, en particulier à celles qui doivent utiliser des interfaces adaptées comme les plages braille ou les synthèses vocales.

 

Les actions déjà réalisées

 

Elles visent à mettre en place les moyens opérationnels que les recommandations du WAI soient effectivement mises en pratique. Ces actions sont généralement ciblées sur les pouvoirs publics, en particulier les administrations d’Etat à qui elles font louer un rôle central pour initier des synergies entre les acteurs publics et privés.

 

C'est ainsi qu'aux États-Unis, depuis la modification apportée à la section 508 de la loi sur la réadaptation des personnes handicapées (« Rehabilitation Act »)  en août 1998, la législation impose, l’accessibilité aux sites Web fédéraux, ainsi  que la passation de marchés publics dans le domaine des technologies de l’information afin que celles-ci soient accessibles aux personnes handicapées.

 

L’Australie, le Canada, et une majorité de pays de l'Union européenne ont des dispositions similaires prévoyant l'accessibilité des sites Web publics. La RFA a récemment adopté un tel dispositif qui prévoit la mise en place de moyens permanents, notamment pour évaluer régulièrement les progrès réalisés.

 

Dans le cadre du programme Europe 2002, les ministres des télécommunications ont adopté SOUS présidence espagnole une résolution incitant les Etats membres à appliquer les recommandations du WAI aux sites d'Etat, et demandant un rapport à la commission sur l'avancement de l'accessibilité des, sites Web publics en 2003, année européenne des personnes handicapées.

 

En ‑France, la circulaire du 12 octobre 1999 relative aux sites Internet des services et des établissements publics d État invite « Les responsables des sites à veiller tout particulièrement à favoriser l’accessibilité de l'information à tous les internautes, notamment les personnes handicapées, non voyantes, malvoyantes ou malentendantes... Ils pourront utilement se référer aux recommandations de niveau 1 du W3C «Web content accessibility guidelines> » qui ont été traduites en français contrairement à d'autres dispositions contenues dans cette circulaire concernant notamment des éléments de la charte graphique ou les règles de nommage des sites Web, qui ont un caractère obligatoire, l’accessibilité des sites Web de l’Etat n’y est que recommandée, sans avoir de caractère contraignant.

 

Si le comité interministériel pour la réforme de l’Etat d’octobre 2000 a bien confirmé le principe de l’accessibilité des sites publics aux personnes handicapées, son application n'a pas fait l'objet comme dans les exemples étrangers cités plus haut d'une action d'ensemble spécifique et volontariste associant dispositions juridiques et moyens pratiques pour leur mise en oeuvre.

 

Dans le cadre de l'évaluation annuelle des sites publics de l'Etat, la délégation à la réforme de l'Etat a publié une étude concernant l'accessibilité d'un petit échantillon de sites publics et a commandité la publication d'un guide pratique à destination des promoteurs de sites publics. Au terme de cette évaluation, il apparaît qu'aucun des sites ne respecte complètement les recommandations internationales du WAI, d’autant que, même lorsque les pages d'accueil sont relativement accessibles, les pages de niveaux supérieurs le sont beaucoup moins.

 

Les sites évalués se répartissent en trois groupes d'importance inégale:

- dans un petit cinquième des sites un effort visible d'accessibilité a été réalisé;

‑ la moitié des sites peuvent prétendre à une meilleure accessibilité après plusieurs modifications;

- un tiers des sites est difficile d'accès ou inaccessible, en particulier ceux qui ouvrent sur une page en flash.

 

Le site Internet et les points relais de WebSourd

 

WebSourd est un média citoyen conçu par et pour des sourds, afin de permettre l'accès de ce public à l'information, la culture, à l'emploi et à la formation, de faciliter la vie quotidienne de cette population et lui ouvrir un espace de communication visuelle et, enfin, de faire découvrir le monde de la surdité. Le site Internet (http://www.websourd.org) est conçu comme un outil d'intégration des personnes sourdes. Il a été lancé en septembre 2003.

 

Rendre obligatoire, par la loi, l'accessibilité des services publics en ligne:

 

Cette obligation d'accessibilité ne doit pas se limiter aux seuls services de I'État, mais doit s'appliquer à tous les services en ligne des collectivités locales et des organismes de protection sociale qui remplissent une même mission de service public. A l'exemple des pays étrangers cités plus haut, ce cadre légal est nécessaire pour que soient mis concrètement en pratique les recommandations élaborées par des organismes internationaux, notamment en donnant une base juridique aux demandes de crédits qui seront nécessaires ainsi qu'à l'action des acteurs du secteur, en particulier des associations.

 

Doter l'Etat des moyens administratifs, techniques et financiers pour impulser et animer l'accessibilité de l'administration électronique dans ses propres services et sur le secteur public.

 

Des moyens humains et matériels doivent être spécifiquement affectés, au sein des organes chargés de l'impulsion du développement de l'administration en réseau, à la question particulière de l'accessibilité aux personnes handicapées. Ces moyens pourraient comprendre des chargés de missions spécialisés qui, en étroite collaboration avec l'Union européenne, devront assurer la mise en place, à partir des recommandations du WAI des normes opérationnelles d'accessibilité des sites publics. Placés au cœur même du dispositif, ils seront à même d'intervenir en amont des projets de développement de l'administration électronique. Ils pourront s'appuyer utilement sur les personnels handicapés travaillant dans les administrations dont ils pourraient animer un réseau.

 

2.2.4. Les jeunes

 

Au cours de l'étape de Nice, Emmanuel Parizot a présenté le réseau local Information Jeunesse qui compte 45 structures équipées, 600 points relais équipés en informatique, 31 centres régionaux qui produisent des fiches d'information. Parmi ceux­-ci, le CIDJ (Centre d'information et de Documentation Jeunesse) a une vocation nationale. Les point-relais intègrent les « point Cyb » qui sont gratuits ou peu payants et permettent d'accéder à. Internet et aux outils associés. Rien n'est Interdit, y compris le chat, et les web.

 

En revanche, les centres informent des règles et des limites. Ils parlent d’initiation, de sensibilisation. Chaque centre fait découvrir ce que permet Internet et les réseaux. L’animation locale adapte ces « points Cyb ‑ en fonction des désirs et projets des usagers. Les centres ont des fonctions d’accueil et d’accompagnement qui doivent aller vers l’autonomie. A la suite des expériences passées, il est clair que l'accompagnement est nécessaire. Des pratiques de créativité permettent de voir émerger des pratiques nouvelles.

 

2.2.5. Les personnes âgées

 

Les personnes âgées sont confrontées à la technologie, parfois, elle augmente le fossé, parfois, elle tisse des liens.

 

Les technologies soulignent le fossé inter‑générationnel.

 

Aujourd'hui les parents ne sont pas préparés à la situation de leurs enfants, au sens où ils apprennent, en même temps, que leur descendance à utiliser les nouvelles technologies. Ainsi des difficultés de communication se font sentir. Des initiatives locales sont à la base de nouveaux tuyaux pour imager une structure libre afin de faire avancer les promoteurs d'espaces numériques d'échange et de transmission, d'être des ambassadeurs de cette démocratisation culturelle.

 

2.2.6. Les sourds.

 

Depuis de nombreuses années, la Citoyenneté des sourds et le fossé communicationnel qui les séparent du monde des entendants sont au cœur des réflexions menées par la communauté sourde française.

 

Les TIC, source d'espoir.

 

Le développement des technologies de l'information et de la communication et l'avènement d'une société de l'information fondent l'espoir chez les sourds de leur donner des moyens de réponse au problème de leur accessibilité à l'information, la formation et à la culture d'une manière générale, principaux facteurs d'une citoyenneté et d'une intégration au sein d'une société.

 

L'Internet est abordé comme une réponse à une situation sociale considérée comme fortement inégalitaire. C’est dans ce contexte que des acteurs de la communauté sourde toulousaine réfléchissent depuis plusieurs mole sur l’émergence d'un média sur Internet complété d’un espace de services à destination de la population sourde et de son environnement familial et socioprofessionnel.

 

Des expériences déjà anciennes à poursuivre

 

A l'instar de l'utilisation du minitel dans le début des années 80, les personnes sourdes ont constaté un engouement des sourds pour les nouvelles technologies comme moyen d'améliorer l'accès à l’information quelle qu'en soit la nature et son champ d'application (actualités, connaissances, informations pratiques, sociales, culturelles... ) et comme moyen de communication entre sourds et avec le monde des entendants.

 

Les spécificités de l'Internet sur la communication par le texte, l’image et aujourd'hui l'image animée (vidéo et de synthèse) se combinent parfaitement avec le mode de communication principalement visuel utilisé par les sourds.

 

2.2.7. La ruralité

 

Trouver des solutions pour la ruralité impose  des solutions astucieuses. Le satellite qui sera traité dans un prochain chapitre est l'une de ces solutions.

 

 

Le Véhicule i-car

 

A la genèse du projet, l'idée était de sillonner les routes du département du Doubs avec un véhicule connectable à internet. Il s'agissait de sensibiliser les acteurs loin des grandes villes au matériel informatique, et à Internet ainsi que lutter contre l'isolement du rural. Au début de projet en 2000, il s'agissait d'une idée qui a pris forme en 2002. Les objectifs deviennent la vulgarisation de l’informatique ainsi que l’apport de la technologie au maximum de personnes dans le département.

 

 

2.2.8. L'extrême pauvreté

 

Jean‑Pierre Pinet, représentant d’ATD quart monde, souligne qu'il faut remettre l'être humain au centre de cette société de l'information. Ainsi, la participation des publics les plus défavorisés est une question de démocratie, il faut qu'ils participent absolument.

 

2.2.8.1. La création de liens sociaux par les TIC

 

Au sujet des liens virtuels, les chercheurs comme Roger Sue sont amenés à se poser la question de la décomposition ou de la recomposition du lien social. Mihail Coman y voit une triple dynamique de dis‑menbering, communitas, re‑menbering. La question revient à observer si la relation à distance, choisie, connectable à volonté, est moins intense, moins performante et moins profonde que celle de proximité, imposée par le lieu, le milieu, les habitudes et la tradition. Comme de nombreux auteurs, nous nous proposons de ne pas opposer ces deux formes de sociabilité, mais au contraire de montrer l'intérêt de la première forme. Ces deux formes sont plus complémentaires que substitutives. Ainsi, on mesure, sur les internautes; une sociabilité supérieure à la moyenne.

 

Le téléphone mobile

 

Un premier exemple, cité par Jean‑Pierre Pinet, de création de liens sociaux est lié à l'usage du mobile. C'est en particulier le cas d'une maman séparée de ses enfants pour des causes judiciaires ou d'un père divorcé, la mère ayant la garde des enfants. Le téléphone mobile permet de créer de nouveau le lien ou, plus simplement, de garder le contact. Immédiatement, se pose alors la question du contenu. Que dire ? Quelle communication avoir ? Renouer un contact avec des enfants qui avaient été séparés d'un parent pose bien le problème du contenu et engendre une conséquence, il faut un investissement de la part des acteurs. On peut alors élargir le problème. Comment faire pour accompagner une famille pauvre dans la communication ?

 

L’importance de la communication

 

Des exemples d'extrême pauvreté permettent de comprendre l’importance de la communication. Dans une ville, deux gamins construisent un téléphérique avec des bouts de ficelle et une basket, la communication orale se complète par une question « comment cela s’écrit ». La basket permet à l'un des enfants d'envoyer la réponse via le basket‑téléphérique. Cela prouve que les enfants sont passionnés de communication. Autre exemple, des enfants enfermés en prison aux Etats Unis communiquent avec des enfants dans la rue au Burkina‑Faso via Internet. Ce qui est important dans cet exemple, c'est qu'il faut trouver des façons de faire qui correspondent à ce que vivent les enfants.

 

La médiathèque municipale

 

La bibliothèque ouverte de Tourcoing est un exemple de création de lien social dans un quartier. Un travail est réalisé d'abord au travers du lien social. En effet, le lien social est un élément essentiel : les projets s'inventent à partir de nos racines. Avant les livres étaient cachés dans la bibliothèque. Depuis les années 1970, on voit apparaître le concept de bibliothèque ouverte, puis en 1990 le concept de médiathèque. Aujourd'hui, tous doivent être mélangés. C'est ce que nous pouvons appeler des multi‑médiathèques. La demande des citoyens doit être effective pour monter l'espace. Au travers de projet comme celui de Tourcoing Ville numérique, le but visé est de faciliter l'accessibilité pour une meilleure utilisation des différentes sources d'informations.

 

 

2.2.8.2. Les nouvelles questions que pose l'extrême pauvreté

 

L’extrême pauvreté ajoute des interrogations supplémentaires. Les familles qui risquent d'être expulsées, ont des coupures de courant électrique, les enfants risquent d’être placés. L'ordinateur impose des ressources énergétiques et une certaine stabilité des lieux d’usages. Ainsi, beaucoup de  questions résident sur le « comment faire en sorte que tous aient accès à l’outil ».

 

L’exemple de la réponse à un questionnaire administratif est Intéressant. SI on examine quelques demandes formulées par des acteurs fragilisés. Il  faudrait plus de 50 écrans pour accéder au service de CMU. Est-ce bien raisonnable, la question est alors de savoir comment on avance?

 

 

2.2.9. Faire une place à la diversité des appropriations culturelles

 

Il est de la responsabilité de nos sociétés de préparer les générations à venir à «Ia société de l'information» en développant la formation et en menant des actions de stimulation et d'appui à la recherche en réseau. S'imposent des travaux de recherche en partenariat Sud‑Sud et Nord‑Sud sur les processus d'intégration des TIC et sur les formes de représentation qui les accompagnent (analyse des discours occidentaux, analyse des discours africains ou arabes) en développant des regards croisés et des études sur le terrain. Armand Mattelart rappelle dans le Monde diplomatique, août 2003 : «Ie caractère central de la problématique des modèles d'implantation sociale des technologies est loin d'être le fait de toutes les composantes du mouvement social mondial ». Les universitaires et chercheurs ont ici une responsabilité éthique pour mettre à jour ces diversités culturelles, objet de la Déclaration de l'Unesco. Une militante du CRIS (campagne pour le droit à la communication dans la société de l'information) dénombre' sept « tendances » au sein de la société civile ; il conviendrait d'organiser de manière plus formelle le recueil des données, la notation ethnographique des expériences émergentes de part le monde (y compris par les populations immigrées vivant en occident qui utilisent l'Internet comme un « nouvel arbre à palabre » (A Kiyindou).

 

2.3. Mobilité et réseau pervasif.

 

La mobilité est un enjeu à la fois technologique et sociétal.

 

2.3.1. La mobilité comme enjeu des technologies

 

Bernard Scoffie se pose le problème de la relation entre l'informatique mobile et la performance de l'entreprise. Le concept de mobilité correspond à un nouveau mode de vie. L’exigence est de pouvoir travailler partout, la réponse est l'informatique mobile. C'est un mode de travail qui concerne toutes les entreprises, tous les métiers. Les chiffres clés parlent d'eux-mêmes. Actuellement 1,2 millions de PME emploient des salariés mobiles, 20% de ce personnel voyage 4 à 5 jours par semaine. En 2007, 80% des actifs américains utiliseront régulièrement les technologies mobiles. Environ 70% des hommes d'affaires voyagent avec leur ordinateur. Plus de 2,4  millions d'hommes d'affaires parcourent le monde.

 

Les enjeux et les gains de la mobilité sont multiples. La performance commerciale, les besoins en terme d'organisation et de productivité recherchent une réduction des frais d'exploitation. Le prix des ordinateurs portables a baissé en moyenne de 30% entre 1998 et 2001. Une économie moyenne annuelle de 35000 euros par an est réalisée par ceux qui travaillent plus de 20% de leur temps hors de leur bureau. L'utilisation de ces technologies génère un chiffre d'affaires supérieur de 47% pour les entreprises équipées en mobilité par rapport à celui de leurs concurrents dépourvus d'ordinateurs portables.

 

Le cas d'une force commerciale.

 

Le cas d'une force commerciale est l'exemple d’une intégration d'une solution de mobilité. Le commercial peut  désormais disposer d'un historique par client accessible et de tout point, de négocier les ventes en consultant des fiches produits et tarifs actualisées, de respecter les conditions commerciales définies (par client, en fonction du volume, par produit). Le  système permet de consulter, créer ou modifier les fiches clients contenant adresse de livraison, facturation. Cela permet de valider les commandes dont les articles sont en stock ou non et communiquer une date de livraison. De plus, cette commande est « passée » en temps réel, le réseau donne du sens à ce mot. Un commercial connecté est plus rentable que celui qui ne l'est pas. La mobilité est un enjeu stratégique pour l'entreprise, c'est un outil concret au service de la productivité et de la performance de l'entreprise.

 

Les citoyens reçoivent des SMS

 

 

L'information par SMS à Fontanil‑Cornillon (Isère)

 

Les habitants de Fontanil‑Comillon peuvent être informés depuis février 2002 de l'actualité de leur commune par SMS.

Les habitants s'inscrivent gratuitement sur le site Internet de la commune ou su r support papier, et peuvent choisir les informations dont ils souhaitent être destinataires, parmi 5 répertoires :

‑ alertes en cas d'incident majeur

‑ réunions publiques ou conseils municipaux

‑ réunions d'information organisées par le conseil municipal

‑ événements, manifestations diverses, concerts et festivals

‑ expositions du centre culturel

 

Sur 2500 habitants, plus de 500 sont abonnés à ce nouveau service.

Son efficacité a été notamment mise en évidence à l'occasion d'inondations intervenues en juin 2002. Le vecteur d'information SMS, a permis, avec d'autres supports, de communiquer largement et rapidement vers les habitants.

 

2.3.2. Les SMART Technologies

 

Raphaël Corwell, de la société Signts‑Up, s'intéresse aux technologies qui s'adaptent elles-mêmes ou SMART, Self Monitoring, Analysis and Reporting Technologies. Pour lui, les ingénieurs ont mis une technologie dans les mains des acteurs, c'est le cas d'Internet et des portables. Trois mondes se trouvent côte à côte. : celui ‑ des affaires. Celui de l’institution avec un rôle administratif et culturel, celui des loisirs. La question est alors que fait-on avec les nouvelles technologies ? Une montre supporte 256 Mbit de données,  à quoi peut-elle servir ? Le bien être économique doit se poser en terme de bonne volonté. La question est alors celle de la limite de l’accessibilité, qui se rapporte à la confiance. Montera-t-on dans un avion sans pilote ? En plus de la technologie et des infrastructures, il faut porter la confiance et le vouloir.

 

[Image]

 

Une scène de plus en plus courante, photographier avec Son téléphone mobile.

 

 

2.4. L'explosion de l'Image

 

Image, cinéma, télévision et le numérique

 

Thierry Dehan est le directeur de la société Autrement Dit. Son entreprise a une approche différente des autres entreprises de l'image car son travail consiste à numériser les images qui datent d'avant 1930.

 

Le travail se déroule en trois étapes : tout d'abord le conseil sur la conservation des supports photographiques anciens, puis la numérisation de ces supports, et enfin la revalorisation de ces archives en les mettant à la disposition à d'un plus grand nombre de personnes. Grâce à ce procédé, on peut ainsi conserver toute la magie de la photo. Les photos sont numérisées mais sans être trop retouchées. Le but est de redonner de la lisibilité en gommant les outrages du temps et de conserver les photos qui sont de toutes les façons amenées à disparaître. L'entreprise intervient en amont avec les collectionneurs de ces supports. Elle leur fournit ensuite les techniques pour conserver ces photos. Elle constitue des fonds iconographiques.

 

Mais se pose alors le problème des droits d'auteurs de ces fonds. Qui détient les droits ? Est-ce le photographe qui est sûrement décédé ou l'entreprise qui a numérisé l'image ? Il faut savoir aussi que les clichés anciens coûtent très chers et l'entreprise ne peut aucun cas se permettre d'acheter les droits, si droit il y a. En fait, les images sublimées passent dans le domaine privé et elles seront la propriété de l'éditeur.

 

 

2.5. Comment définir les biens publics en opposition au bien marchand

 

Le concept de bien public est celui qui permet de « séparer » les activités qui relèvent de la sphère marchande de ceux qui en sont exclus, donc « biens publics ».                      L’utilisation de ce concept est importante dans la compréhension de la société de l'information‑

 

2.5.1. La notion de biens publics date du début de l'économie

 

Aux prémisses des théories économiques, Adam Smith définissait la sécurité nationale comme un bien public. Le philosophe David Hume, quant à lui, soulignait la nécessité de s'organiser collectivement pour produire les biens et les services nécessaires à la société dans son ensemble. Dans la vision capitaliste le marché représente la façon la plus efficace de produire des biens privés. On ne peut que constater que constater qu’il repose sur un ensemble de biens qu'il est lui-même incapable de fournir : les droits de propriété, la sécurité etc. Il faut alors que ces biens soient fournis par des mécanismes non marchands.

 

 

Définition : 



Les biens publics sont des biens qui échappent à la logique du marché, parce qu'un calcul coûts-avantages est impossible en ce qui les concerne. Ils ne peuvent don être produits et consommés que suivant des procédures non marchandes. Il en découle que leur financement se fait nécessairement par un prélèvement obligatoire (impôt ou cotisation).

 

 

2.5.1.1. Les deux caractéristiques des biens publics

 

Les deux caractéristiques des biens publics sont leur indivisibilité, et leur extensibilité.

 

Un bien public se caractérise par son indivisibilité ou encore par le fait que l’on ne peut exclure quelqu'un de son objet.  Assurément, la défense nationale possède cette caractéristique, on ne peut ni fractionner sa production, ni sa consommation. Élie est produite « globalement » pour tous les citoyens. De plus, on ne peut la réserver à quelques-uns d'entre eux seulement. Ainsi, nul ne peut être exclu de la consommation d'un bien public et nul ne peut prétendre se l'approprier.

 

Les économistes affirment qu'un bien public est extensible dans le sens où la consommation des uns ne diminue pas la consommation des autres. Ils parlent aussi d'une « non­-rivalité». La vue sur un site remarquable, la jouissance d'un climat peuvent être appréciées par un nombre très important de personnes, sans qu'aucune d'entre elles n'apporte des contraintes aux autres.

 

2.5.1.2. Un débat à la fois ancien et très récent sur la notion de bien public.

 

Le débat théorique sur les biens publics internationaux est la résultante des études effectuées juste après la deuxième guerre mondiale sur les biens publics (Buchanan, Kolm, Musgrave, Samuelson ... ). Ces débats ont été introduits dans les relations internationales. Ecrit en 1947, l’Article XX du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers), toujours en vigueur, stipule : "rien dans le présent accord ne sera interprété comme empêchant l'adoption ou l'application par toute partie contractante des mesures nécessaires à la protection de la santé et de la vie des personnes, ou des animaux, ou de la préservation des végétaux". Cet article définit ainsi, la notion de biens mondiaux.

 

Plus récemment, il faut y adjoindre les théories de l'action collective (Hardin, Olson 1971). Dans ces dernières années, les travaux d'économie politique Internationale ont remis au goût du jour ces notions (Gilpin 1987 Kindleberger 1986,  Keohane,  Krasner 1986).

 

Les biens publics deviennent une dimension de la solidarité qui est représentative des droits de l'homme. On assiste alors à une prise de conscience au niveau des Nations Unies de la nécessité de biens publics à l'échelle mondiale­. Cette vision était clairement énoncée dans la déclaration du millénaire de Kofi Annan. Dans un premier temps, il souhaitait ainsi apporter du secours aux réfugiés et à ceux qui ont faim, et engendrer ainsi une prévention des crises financières. Dans les années 90, une série de conférences du Programme des Nations Unies pour le Développement attire l'attention sur la nécessité de garantir à tous l'accès aux priorités vitales comme la santé, l'eau potable, l'éducation, le logement. Plus tard, les experts y ajouteront une dimension de la survie : les droits de la planète, la paix, les ressources naturelles, la biodiversité.

 

 

2.5.1.3. Les biens publics nationaux face aux autres biens publics

 

Selon Inge KAUL, économiste et sociologue, directrice du bureau d'études sur le développement, Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), «il existe une première catégorie, traditionnelle, de biens publics globaux. Ceux-ci se trouvent « en dehors » des Etats, ou à leurs frontières, et leur régulation constitue ce qu'il est convenu d'appeler les « affaires étrangères ». Ainsi l'espace et les océans, qui existaient avant toute activité humaine, sont-ils régis par des réglementations internationales. Au XVIle siècle, furent signés les premiers traités internationaux garantissant le libre accès à la haute mer. Des accords de ce type vont se multiplier avec l'intensification des activités économiques internationales pendant tout le XIXe siècle et le début du XXe : transport des marchandises et du courrier, télécommunications, aviation civile. Quand ils sont multilatéraux et d'envergure planétaire, ces accords en eux-mêmes composent un bien public global, car ils créent un cadre réglementaire commun. Ce premier type de biens publics globaux est plus important que jamais, en raison de la croissance des activités économiques internationales et de la mondialisation de la technique et des communications (Internet). »

 

Cette distinction entre biens publics globaux, par opposition aux biens publics nationaux et régionaux, devient variable et sujette à discussion. Le monde a beaucoup changé. Les biens publics traditionnellement considérés comme nationaux dépassent la seule souveraineté nationale. C’est le cas de la santé, la gestion des connaissances, l’efficacité du marché, la stabilité financière (avec des monnaies multinationales et des capitaux circulants), la loi, l'ordre (face au terrorisme), les droits humains ou la justice économique. En revanche, des biens publics globaux, que nous croyions se trouver « en dehors », sont devenus des enjeux de politique nationale, c'est en particulier le cas de la pollution maritime.

 

2.5.2. Les biens publics mondiaux

 

2.5.2.1. L'émergence de l'information comme bien public mondial

 

Plusieurs facteurs expliquent l'émergence de nouveaux types de biens publics. La première est une plus grande ouverture des frontières, qui a facilité l'extension de «maux globaux». Ainsi, la criminalité sur Internet dépasse largement les frontières, et nécessite donc un traitement de la cybercriminalité en dehors du cadre des nations. L'Europe s'est déjà saisie de ce sujet, ce qui en est un signe. Les partenaires sociaux s'inquiètent aussi d'un dumping social, qui pourrait exister dans le secteur des communications. Des comportements à risque naissent au niveau mondial, notamment la tentative d'attaque de site pour obtenir des dénis de services. Celle-ci peut conduire à des saturations des réseaux voisins, et donc à leur blocage.

 

Un deuxième facteur est le pouvoir croissant des acteurs non étatiques du secteur privé et en particulier des firmes transnationales dans les actes de normalisation qui était du seul ressort des Etats auparavant. Dans les télécommunications, la montée de la société civile et des ONG (Organisations Non Gouvernementales) est une réalité. Ces organisations réclament des droits à l'information, des droits d'accès à la connaissance. Ainsi, elles ont des objectifs propres qui sont liés le plus souvent aux objectifs de leur création. Ces acteurs transnationaux pressent les gouvernements d'adhérer à des normes politiques communes. Communiquer de A à B de disposer de standards techniques communs ou interopérables. Informer le public renvoie à la question du respect des droits humains. D’autres ONG réclament alors une évolution des droits de l’homme dans la société de l'information.

 

Troisième point, l'organisation des relations Internationales est totalement à construire dans le secteur des technologies de communication. L'augmentation du nombre d'acteurs liée à la généralisation de la concurrence réduit à néant l'efficacité des échanges bilatéraux qui avait régi le monde des télécommunications au temps, où quelques opérateurs dominaient la situation. D'autres secteurs sont pour nous de bons exemples. Ainsi, la surveillance des épidémies constitue, depuis plus de cent ans, l'un des pivots de la coopération internationale, son fonctionnement ne peut plus reposer sur la simple coordination de systèmes nationaux d'alerte. Dans nos technologies, la gouvernance de l'Internet, la mise en place des adresses électroniques mondiales sont des sujets d'organisation des relations internationales. Ceci pourrait devenir le sujet d'un ou de plusieurs sommets.

 

Enfin, la mondialisation véhicule un risque systémique global. Parmi ces risques, les auteurs citent pêle-mêle, la volatilité des marchés financiers internationaux, le changement climatique planétaire, les explosions politiques provoquées par l'accroissement des inégalités, le risque lié aux rumeurs et à la désinformation. Dans ce sens, la réduction de la fracture numérique est un objectif majeur du Sommet. En effet, les différences dans les équipements et les usages représentent une contrainte mondiale mal vécue par certains acteurs.

 

2.5.2.2. Les deux visions des biens publics mondiaux (BPM)

 

Selon Jean‑Jacques Gabas, et Philippe Hugon l'université Paris XI, GEMDEV, il y aurait deux visions des biens publics mondiaux. La première vision renvoie à la défaillance de marché, que l'on peut analyser en terme de constat de carence. La seconde vision renvoie au patrimoine commun de l'humanité.

 

2.5.3. La défaillance des marchés

 

Ce concept de défaillance des marchés est omniprésent dans les législations des différents pays, en particulier de la France. Cette notion a justifié de nombreux textes récents (par exemple le L1511.6). Une conception des BPM (Biens Publics Mondiaux) est exprimée en terme de défaillance des marchés. Selon certains, comme Gabas et Hugon, cela conduit à une vision minimaliste de la coopération internationale. Cet argument est largement utilisé par les opérateurs historiques de télécommunications, qui considèrent que l'intervention des acteurs publics, et donc la transformation d'une partie de leur activité commerciale en activité publique, ne sont possibles qu'après avoir démontré la carence de l'initiative privée.

 

Pour ces auteurs, le référent est un anti‑monde : le marché, qui définit une analyse « économiciste » en terme d'intérêts. L'économie définit, alors, le champ du politique, ce sont des accords de coopération bilatéraux, ou multilatéraux au niveau des pouvoirs publics ou des acteurs privés moyennant un cahier des charges précis. Dans ce cas, il n'y aurait pas ou peu de réflexion sur l'ingérence. Ainsi, les entreprises privées interviennent dans la fixation des normes, comme force de lobby sur les décisions prises par les autorités publiques.

 

Les solutions envisagées sont celles des relations marchandes pour réduire les externalités négatives (l'échange par les droits à polluer, issus du protocole de Kyoto est un exemple). Les autres solutions sont les déclarations d'intention, suivies le plus souvent d'aucune décision pratique. C'est en l'occurrence l'un des risques majeurs que devra éviter le Sommet Mondial pour la Société de l'information.

 

Cette approche repose sur la conception d'une démocratie internationale uniquement fondée sur une légitimité élective des représentants dans les instances internationales. Ainsi, on reste sur une forme classique du multilatéralisme onusien, ce qui est le cas du fonctionnement de l’UIT.

 

2.5.4. La vision en terme d'économie politique mondiale.

 

Ces mêmes auteurs proposent une conception des BPM en terme d’économie politique mondiale, une vision maximaliste de la coopération internationale.

 

Le référent est aussi un anti‑monde : ce sont les patrimoines communs. Dans ce cas, Il se propose de faire une analyse politique en terme de rapports de pouvoir et de collectif. Le politique définit, dans ce cadre, le champ de l'économie. Ce serait une primauté du droit et des règles sur le marché. La régulation internationale intervient par des organismes avec des transferts de souveraineté et des sanctions à un niveau transnational. Cette régulation impose une prise en compte et intégration de la pluralité des acteurs au niveau der, centres de décisions internationaux.

 

Une conséquence immédiate est apparue. Les entreprises privées sont mises en face de leurs responsabilités dans la production et le financement des BPM. Des règles et des pouvoirs transnationaux avec fiscalité permettant de financer les biens publics mondiaux sont mis en place. Des sanctions internationales sont envisagées. L'objectif des sommets est alors la conception d'une démocratie internationale participative avec l'émergence d'une société civile mondiale accompagnant une gouvernance régionale et mondiale. Cette démarche est assurément celle qui a été adoptée pour la préparation du Sommet Mondial sur la Société de l'information. Ainsi, un multilatéralisme reste à réinventer en terme d'émergence de pouvoirs transnationaux et de nouvelle architecture de gouvernance mondiale.

 

Des questions pragmatiques se posent dans ce cadre, la numérisation des oeuvres d'un musée fait-elle que ce produit numérique devient un bien public ? Une autre question consiste à supposer l'existence de biens publics régionaux, liés à des langues ou des cultures locales (basque, bretonne ou catalane).

 

2.5.5. Le débat sur les biens publics mondiaux

 

Les débats qui portent sur les biens publics sont liés aux accords du GATT (General Agreement of Tarif and Trade)  maintenant  OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ou à la volonté de définir autrement les biens publics mondiaux. Ils ne peuvent être absents des discussions du Sommet.

 

2.5.5.1. La notion d'exception au libre commerce

 

Cette exception est fondée sur l'article XX du GATT et sur l'article 31 de I’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Ils sont issus des accords de Marrakech de 1994, qui ont créé l'OMC à cette date. Ces accords s'intéressent aux produits protégés par des brevets internationaux d'une durée minimale de vingt ans. Par ces accords, il s'agit là de garantir notamment les approvisionnements alimentaires de base et l'accès aux médicaments essentiels. La question ‑ est de savoir si l'information et la connaissance entrent dans ce cadre. Depuis longtemps, la culture et l'«entertainment » ont fait l'objet de débats.

 

Cet article des accords traite des aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC, ou TRIPS en anglais), dans le cadre de l'OMC. Ce texte prévoit explicitement des exceptions à la propriété intellectuelle. En ce qui concerne les médicaments, l'ONG Médecins du monde affirmait, en mai 2001: "Un membre pourra déroger à cette prescription (c’est-à-dire le respect des brevets) dans des situations d'urgence nationale ou d'autres circonstances d'extrême urgence."

 

Depuis longtemps, la mise en oeuvre de ces textes est discutée. Dans le cas des médicaments, elle est à l'origine des procès sud‑africains et, moins connus, brésiliens. Les accords ADPIC reposent sur le modèle occidental et reconnaissent un monopole de vingt ans aux détenteurs de brevets. Les signataires doivent mettre leurs lois en conformité avec ces textes avant la fin d'une période de transition, au plus tard le 1er janvier 2006. Ces accords ont, alors, prévu deux exceptions. La première se nomme « licence obligatoire ». Dans ces « cas d'extrême urgence »,  un pays peut s'octroyer une licence, c'est-à-dire le droit à produire le produit (dans le cas du médicament, la molécule). Cette licence est accordée, y compris contre la volonté du détenteur du brevet. Cette possibilité a été utilisée par le Brésil. Pour mettre en œuvre cette procédure, Il faut toutefois respecter une procédure et des conditions précises. Ce point a été mal perçu par le Brésil, c’est pourquoi le pays est attaqué actuellement. La seconde exception est l’importation parallèle. Elle autorise un pays à importer une molécule brevetée, même sans l’accord du propriétaire. Cela afin de profiter d'un prix plus intéressant. C’est I’objet du procès en Afrique du Sud

 

La réflexion doit continuer, y compris à l'OMC. Les effets de l'application de l'ADPIC et de l'Accord sur l'agriculture sur la sécurité sanitaire et alimentaire des populations sont indéniables. Ces accords n'ont pas défini des produits et services publics globaux, mais des règles d'exception. Il apparaît de plus en plus important de faire reconnaître ces notions de bien public global par ces deux accords à l'occasion de leur renégociation, si l'ADPIC reconnaissait, de fait, la santé comme un bien public global. En revanche, cette approche est critiquée par les acteurs industriels car ce système est propre à décourager la recherche. Enfin, la, santé est un point clé. Ainsi les médicaments, jugés essentiels par l'OMS, pourraient être exclus du champ de la brevetabilité.

 

2.5.5.2. D'autres définitions des biens publics

 

Certains auteurs se démarquent franchement des théories des biens publics mondiaux que développent actuellement les  économistes officiels. Selon eux, de tels biens ne peuvent être confiés aux mécanismes aveugles des « marchés », ni limités à ce que ceux-ci ne peuvent pas assumer. Ils sont, avant tout, des besoins, des nécessités, des exigences issues des droits humains et écologiques fondamentaux. Les biens publics font naturellement référence à des droits de l'homme. Ceci explique que cette voie peut être l'une des voies du Sommet.

 

François Lille et François‑Xavier Verschave abordent des biens qui sont incontestablement des biens publics : le climat, la santé, et la justice. Pour le premier, ils considèrent la fausse solution des droits à polluer. En ce qui concerne la santé, ils posent le problème du modèle occidental ainsi que celui des savoirs différents. En ce qui concerne les biens publics dans le monde, ils se refusent à en faire la liste. Selon eux, l’histoire ambiguë du XXe siècle est liée à une double dimension politique et une dimension socio-économique qui a généré des sociétés mutantes et une autre double dimension, celle de l’écologie (la biosphère en péril et la croissance soutenable) et la dimension culturelle et idéologique. Ces quatre dimensions sont à l’origine de tendances contradictoires, dans les systèmes de production et d'échange, dans les systèmes sociaux et politiques. Elles créent des citoyens du monde accrochés dans leur localité.

 

[Image] Comment consulter ses mails, lire des informations sur un site web et regarder la télévision tout en marchant

 

 

2.6. L'information est-elle un bien public ou une marchandise ?

 

Appliquer la notion de bien public à l'information est complexe, l'information peut être tout à la fois : bien public, ou marchandise.

 

2.6.1. L'information est-elle une marchandise ?

 

La valeur économique de l'information est une question de plus en plus importante. Daniel Mermet (France Inter) et Pierre Barbancey (l'Humanité), ont tenté « d'attiser » le débat sur la question de l'information marchandise. Sébastien Horner, a posé la question avec une réflexion portant sur le fait qu’auparavant, la radio et la télévision publique étaient asservies au pouvoir. « L'audiovisuel public était la voix de la France mais ne l'est plus » ont affirmé en préliminaire les trois orateurs.

 

2.6.1.1. Des tyrannies existent

 

La tyrannie de l'audimat existe dans le secteur privé, C'est même ce qui le différencie du service public. A cette tyrannie s'ajoute celle du profit : l'interview (dans l'information) est traitée seulement si elle « apporte des auditeurs ». L’événement n'a de sens que s'il rapporte. Les sujets de type « société » sont sans intérêt mais génèrent des auditeurs. «Combien gagne le voisin ? » en est un excellent exemple, il s'agit de la recherche d'une clientèle. Cette recherche est la  seule voie de survie pour quelques radios, télés et journaux qui, sont soumis, en plus, à l'obligation de répondre aux « actionnaires » et aux commanditaires. Plus de 80% de la presse est liée par ces exigences financières et est contrainte soit de faire naître des recettes publicitaires, soit de rendre compte à des actionnaires scrupuleux. C'est cette double emprise qui laisse croire à une Information marchandise.

 

En ce qui concerne la mesure d'audience, la situation est différente selon les médias :

 

- pour l’audimat, l’audiovisuel public bénéficie d’une rente de situation, les téléspectateurs restant attachés à leurs émissions.

 

- il en est de même pour la radio, les auditeurs ne s'en vont pas car on est dans un pays de contenu fort. « Si on ne se moque pas du monde, cela marche », affirme Daniel Mermet.

 

- la situation est très différente pour la presse écrite, les lecteurs sont peu fidèles et se déplacent de média à média. Cela explique l'instabilité des rédactions et l'existence d'une critique.

 

En ce qui concerne la relation entre l'audience et les travailleurs des médias, la situation est contrastée. L'audimat est un objectif affiché dans les chaînes privées. Il est même présent dans les lieux de passage, dans les locaux des chaînes. Dans le secteur public, cet affichage est inutile : l'audimat influence le mode de rémunération. Il rentre même dans la fiche de salaire de ses cadres qui le répercutent sur les employés et les techniciens.

 

La critique de la presse est une constante. Une analyse plus fine laisse apparaître une manipulation permanente. Bourdieu parle du « manipulant manipulé ». La volonté de manipulation existe depuis longtemps, Balzac s'en faisait le porte‑parole. Mais, de nos jours, il y a une volonté unique, une pensée unique.

 

Certains médias ont des logiques plus complexes. La logique de Bouygues, selon Daniel Mermet est une « logique de maîtrise d'un grand média pour faire pression sur les politiques pour développer les autres secteurs ».

 

L'idéologie est bel et bien présente. Cette idéologie se  traduit dans la «déhontologie» du journaliste. La « déhontologie » avec le h de honte. L'argument massue est que le journaliste traite l'information ainsi parce que le monde est ainsi. Le ton est péremptoire, on présente l'information comme allant de soi. De plus, la « société » impose l'illusion d'un enrichissement par la quantité d'informations. Certes, il y en a de plus en plus, mais le monde reste toujours aussi opaque. En outre, Il y a une classification hiérarchique des informations : il y a des zones du monde dont on n’a jamais aucune nouvelle.

 

Pour entrer dans les formats du papier, dans celui des durées d'émission de télévision, l’information doit être calibrée, mais la faute revient à qui ? Au journaliste, au public ou à l'investisseur ?

 

La question ne semble pas devoir être traitée sur le thème de la faute. « La presse a mauvaise presse ». Cette phrase qui date des débuts de la presse est caractéristique. Dans le monde, il n'y a pas de cameras partout et on nous dit ce que l'on veut nous dire. En outre, il devient de plus en plus délicat d'être objectif face à une crise. Souvent le scénario est déjà écrit, tout se passe comme si le journaliste connaissait à l'avance le déroulement des événements. « Cela allait se passer comme ça », s'exprime un inconnu dans la salle.

 

Actuellement, les journalistes se trouvent dans une situation de précarité qui génère des autocensures. Inscrits dans une logique du « boulot », lis sont très loin du journalisme de contrepouvoir. Seul le photo‑journalisme a conservé une part de « lutte » . Le rôle de Kappa dans la guerre d'Espagne puis celle du Viêt-Nam se perpétue. Les photo‑journalistes influencent fortement le monde, leurs images plutôt chocs font réagir la population qui aspire à une plus grande justice.

 

2.6. 1.2. La fin du politique

 

Le paysage politique n'est qu'une illusion, car on est dans un monde quasi exclusivement économique. Dans les faits, on observe une dépolitisation très profonde. Prenons seulement un exemple, les 25000 membres de l'association ATTAC cherchent à remobiliser l'opinion mais ils ne représentent qu'une minorité dans l'océan des 60 millions de français. Cette démobilisation se traduit aussi dans les médias par une absence de stratégie et de politique. Un acteur du monde de la télévision, Daniel Bouy (ex Saga‑Cités, France 3) déclare qu’il n’y a plus de mission au grand paquebot de la télévision publique, France Télévision » et poursuit par un « on n’a même plus d’interlocuteurs » sous-entendant qu'il aimerait voir écrit des axes stratégiques.

 

L’accouchement laborieux de la loi sur l'audiovisuel public reflète la difficulté de définir les missions du service public. Selon un membre de l'audiovisuel publie, les réunions de cadres se passent autour des problèmes de gestion des cadres et des éléments de réflexion sur l'évolution du multimédia.

 

Le risque actuel est que les politiques ne s'intéressent plus à l'évolution des médias. D'un côté, ils ne veulent pas donner l'impression que télévision et radio publiques resteraient sous la mainmise du pouvoir. C'était vrai dans le passé, à une époque où le pouvoir politique était omniprésent. D'un autre côté, l'automaticité audimat‑salaires et la gestion par les cadres des choix technologiques et des contenus sont suffisantes pour assurer le fonctionnement du média public.

 

2.6.2. Pluralisme, réalité et rôle des nouveaux médias

 

Le risque de présenter une thèse unique est réel en matière de couverture d'événements. La notion même d'événement est complexe et il convient d'en donner une définition.

 

Qu'est-ce qui fait l'événement ? L'arbre qui pousse ou la pomme qui tombe ? Généralement, le journaliste arrive au moment où la pomme touche le sol.

 

La question suivante est liée à ce qui se passe lorsque les journalistes sont sur place. Dans les pays où ont lieu les événements, les journalistes n'ont pas nécessairement un meilleur regard que celui qu'ils auraient à Paris, dans leur bureau.

 

La logique des nouveaux médias, miracles de la technologie, est elle aussi contestée. Selon Daniel Mermet, « la tyrannie du profit, pardon, des profits y est éclatante ». La presse et le pluralisme sont des notions ringardes sur Internet. Il n'hésite pas à parler « d'égout d'Internet ». Selon lui, Internet est un outil terrifiant, générateur d'inégalités nouvelles. Si on prend l'exemple de l'Ethiopie, Internet n'y est quasiment pas envisageable. Sur les 60 millions d'habitants, seuls 10% disposent de l’électricité et Il, n'y a que 3 téléphones pour 10.000 personnes. Internet aurait un autre inconvénient : il échappe à nos ambitions citoyennes et démocratiques. « Comme il existe, il faut en faire notre affaire, il faut dominer ce monstre » affirme Daniel Mermet.

 

Pierre Barbancey estime pour sa part que les informations en ligne génèrent des inégalités d'ordre politique. Selon lui, Internet ne passe pas partout contrairement à cette vision mondialiste que l'on voudrait nous faire adopter. L’observation de la France ne doit pas nous amener à penser que cette situation est la même partout dans le monde. En Syrie, peu de gens ont le droit d'utiliser Internet (ou le mobile) en Tunisie ou en Chine, l'utilisation d'Internet est contrôlée par le gouvernement.

 

En ce qui concerne Internet, le journaliste y voit tout de suite quelques avantages. Il considère que le  développement d'Internet doit tendre vers une mise en ligne des contenus papiers. Il évoque alors le foisonnement des sites fascistes sur le Web et considère que cela constitue une véritable menace pour notre démocratie. D'où la nécessité de se pencher sur le contrôle du contenu et de s’interroger sur la manière dont il peut être conduit.

 

                                                                            

 

2.6‑3. Fracture numérique, argent contre droit?

                                                                                    

Pour répondre à la fracture numérique, la manière pour les peuples de combattre leurs retards est de quémander aux nantis des aides de plus en plus parcimonieuses. La tendance est alors d'éviter de répondre à la réduction de la fracture numérique par l’argent. Dans cette approche, une idéologie grandissante propose de mettre en avant des droits, ce sont des droits à faire valoir à la vie (donc à la santé), à l’information          , à la connaissance, à la protection et au partage équitable de ce que le monde peut nous offrir­

 

 

2.7. Les organisations virtuelles

 

Apporter une réflexion sur les organisations virtuelles, les organisations en réseau semble de plus en plus indispensable pour comprendre la société de l'information.

 

2.7.1. Qu'est-ce qu'une organisation virtuelle ?

 

        La naissance de l'organisation virtuelle est un changement de fond qui est plus profond que la division du travail lié au siècle industriel. Une organisation virtuelle fait partie des principes de management, de nouveaux paradigmes. Ce n'est pas une forme spécifique d'organisation bien isolée. C'est une notion réelle. Ce n'est pas « perceptual versus real » c'est une autre construction plus complexe, quelque chose d'autre. Ce sont des innovations dans les organisations.

 

Il existe différentes faces de la virtualité.

        

Mondes du virtuel

Caractéristiques de ces mondes

Virtual corporation

Organisations sans mur
Mise en relation de réseaux d'ordinateurs, et d'information
Nouvelles formes d'alliances et Joint Ventures
Déplacement des moyens et des ressources
Organisation distribuée du travail, travail dans des lieux différents

Virtual enterprise

Virtual office

Virtual team

Virtual classroom, virtual distance learning

 

 

La question est de savoir ce qu'il y a de commun dans les définitions proposées par les différents chercheurs. Ils utilisent pour cela la sentence d'Ockhams. « La pluralité n'est pas assumée sans nécessité », ce qui implique de construire une recherche sur les principes sous-jacents de ces approches.

 

L'orientation retenue n'est pas de disposer d'une définition formelle. L'essence de la virtualité réside dans une séparation logique des besoins qui produisent des sources de satisfaction, qui facilitent des « switching » de modes de production à un autre. Avant, c'était complexe et coûteux, actuellement c'est facilité par les technologies de communication. L'important est la séparation des besoins concrets et des modèles abstraits. L’organisation n'est pas liée à une forme de réponse, mais celle-ci peut même changer dans le temps, ce qui donne de la flexibilité de gestion ;

 

       Exemple du management de portefeuille comme mode de « switching »

 

        

Types d’instruments

Instruments particuliers

Common stocks

Government bonds

Corporate bonds

Bank deposit

 

Microsoft

Alcatel

US treasuries

IBM bonds

 

+options contracts

‑bank deposits

 

+oracle

-Microsoft

Exemple du centre d'appel high tech

 

Types de services

Offreur de services

Produit

Garantie

Applications E F G

Défauts X Y Z

Message enregistre
Systèmes experts A, B, C,
Technicien

+Défaut A

‑application G

+systèmes experts x
‑technicien A

 

 

Les e‑broker et le e‑commerce sont d'autres exemples intéressants. Cela met en regard des attentes des clients et des offreurs différents. Le changement principal est dans la place de marché, c’est elle qui fait le « switching » en orientant sur tel ou tel offreur. On a une évolution dynamique liée aux clients et aux offres. Une dynamique qui varie en fonction des offreurs, comme lorsqu'un offreur change fortement ses prix. Ce changement peut être difficile dans des relations liées et durables.

 

Exemple du e‑brokerage

 

Demande

Offre

Equipement informatique

Services Telecom

Services Internet

Equipement de base

Petit vendeur

Moyen vendeur
Grand vendeur

 

+services légaux
-location d’appartement          

+vendeur y

‑vendeur. x

 

 

L’innovation managériale réside dans la capacité systématique de ré‑assigner les « satisfiers » aux « requirements ». C'est donc la capacité de « switching », donc de changer de voie.

 

Les avantages de cette approche sont:

‑un faible usage des ressources (avec des effets de levier),
‑la réduction des coûts,

‑une plus grande flexibilité.

 

L’organisation virtuelle n'est pas une réponse à tout et a des limites. Les limites sont de deux types. Tout d'abord, des switchings trop fréquents peuvent annuler les gains. C'est une conséquence des coûts de transactions. Ce peut être lié à des discontinuités de services représentés par l'exemple des séries d'accès à des centres d'appels, dont la réponse ne dépend pas de l'appel précédent et donc ne met pas en oeuvre des effets d'apprentissage réciproque. Enfin, la liberté d'accoupler et de désaccoupler réduit la force des rapports humains qui sont créateur d'effet d'apprentissage. Cela agit donc sur la performance des forces de travail et sur leur loyauté.

 

Les technologies qui en forment le substrat sont le transport, l'informatique et les télécoms qui sont liés à des infrastructures de réseaux globales. La puissance de ces nouvelles technologies est la capacité à gérer des activités distribuées.

 

2.7.2. Pourquoi cela fonctionne ?

 

Les éléments qui font fonctionner les organisations virtuelles sont très liés aux technologies de l'information. Les briques de l'organisation virtuelle sont les biens d'information, la normalisation et les instruments financiers.

 

Les biens informationnels sont d'abord des biens et des services de fourniture de l'information. Ce sont aussi des systèmes fondés sur des bases de données et des logiciels. C'est une alternative au fait d'avoir recours à des savoirs humains. C'est enfin un moyen d'obtenir des places de marché informationnelles qui deviennent des substituts à la connaissance limitée de l'homme, qui disposent à la fois de coûts faibles et d'une grande flexibilité. Le marché du travail s‘est développé car les marchés de ces technologies se sont accrus. On assiste donc à une croissance du marché  du travail.

 

La normalisation est technique, elle intervient dans l'accès, l’échange d’information et les interactions. Au début des manufactures, on avait introduit de l'interchangeabilité des composants techniques, maintenant ce sont des interchangeabilités des morceaux des organIsations. Il est facile de donner comme exemple les protocoles du commerce électronique ou celui de l'EDI (Electronic Data interchange). C’est aussi le cas de XML. Ce sont aussi les normes de cryptage et de sécurité. La normalisation permet des protocoles de business de haut niveau, qui permettent d'échanger des parties de l'organisation. C'est une nouvelle discipline qui porte le nom de «  socionornics » ‑ Cela contribue fortement à leur développement.

 

Les instruments financiers sont nécessaires pour différents points. En premier lieu, ils sont nécessaires pour l'échange. Ils permettent le paiement en ligne. Le management financier  permet de disposer de barrières à l'entrée stratégique. Cela apporte aussi de nouveaux outils pour construire d'autres instruments utiles comme des outils de sécurité. Les lois doivent suivre l'évolution des organisations. Certains outils semblent nécessaires comme la signature électronique.

 

Il faut ajouter les pratiques courantes comme l’outsourcing, le management des stocks, le commerce électronique. On ne peut dire d une entreprise qu'elle est virtuelle mais plutôt que les modes de management sont virtuels. L’outsourcing s'analyse comme une démarche « couper et coller », il agit su­r les produits, les services mais aussi le travail. On voit  apparaître des recours à des formes de management des activités non traditionnelles qui introduisent des formes nouvelles de travail. La gestion des stocks permet un « juste à temps » et une réponse rapide à la demande. Le commerce électronique permet une gestion informatisée des commandes des clients. Il influence la logistique.

 

2.7.3. Les changements sociaux

 

Les organisations virtuelles deviennent irrésistibles pour les managers. Ce sont des principes qui vont se diffuser comme les organisations industrielles se sont diffusées au siècle passé. Cela est dû au fait que les acteurs pensent à ce qui leur apparaît le mieux pour eux Les avantages compétitifs de l’entreprise virtuelle deviennent ainsi apparents. Les avantages résident dans l'efficacité, la responsabilité et la flexibilité. Les inconvénients viennent des coûts liés à la modélisation de ces attentes (intelligence économique, recherche et traçage de l'information, switching) et des effets humains (coûts cachés du switching, loyauté des clients).

 

Les besoins sociaux en terme de switching sont la flexibilité et la recherche de loyauté tant personnelle que politique. En ce qui concerne la flexibilité, les éléments importants sont la possibilité de mettre en forme, modifier, de créer et de couper des liens (couplage, découplage), de profiter de la mobilité. La loyauté passe d'un statut subjectif à un statut objectif. Dans les cas traditionnels, la loyauté était basée sur l'affectif, dans le cas actuel, elle est basée sur l'intérêt commun, exprimé dans l'échange et les purs intérêts économiques, ce qui impose de sacrifier les relations personnelles. La définition de l'intérêt commun se fait dans les transactions.

 

Les évolutions de long terme sont sûrement la fin du tribalisme, avec une extension du principe des échanges avec des pratiques courantes de switching (utilisation de critères explicites de switching et évaluations objectives) et des effets sociaux de long terme comme une égalité universelle et des échanges sociaux fluides entre les groupes. Elles affaiblissent le rôle des Etats car elles en dépassent les frontières, ce qui impose de mettre en place d'autres modes de régulation.

 

Une organisation virtuelle doit avoir la possibilité de « couper et coller ». On va changer des critères fondés sur des «affectifs » par des critères orientés sur des intérêts. Les relations salariales risquent de changer.

 

2.7.4. Quelle est l'influence de l'investissement dans les outils ? de la marque ?

 

Dans le cas de l'investissement matériel ou de la marque, le calcul du retour sur investissement n'a que peu de sens. On ne part pas de zéro dans ce système. On relève même une opposition entre les coûts d'investissement et le switching, mais ce sont des composants, ceux qui permettent le switching, qui entrent dans la réduction des coûts globaux. On utilise différemment les ressources. On poursuit l’idée de réduire les coûts de l'information. Le switching peut ne pas toujours fonctionner, car Il est possible que les correspondances de systèmes ne soient pas possibles. Dans ce cas, Il peut y avoir d'autres acteurs, qui permettront le switching par des fusions, ou des absorptions.

 

2.7.5. Evolution du tissu social, la famille ?

 

La famille. a évolué, La famille élargie a disparu au cours de la révolution industrielle au profit de la famille nucléaire. La famille nucléaire fonctionne sur la reproduction du savoir. La famille nucléaire n'a plus de fonction économique dès lors que les bases de données et les systèmes d'informations jouent ce rôle. Peut-on penser que la famille est une forme d'organisation virtuelle ?

 

[Image] Démonstration de la télévision à haute définition s réseaux à faibles coûts de type Internet au Japon.

 

 

2.8. L'entreprise réelle à la recherche de la compétitivité.

 

Pierre Faure, Président de l’AFNET lance un cri: « Compétitivité par le numérique: le temps de l'action ! »

 

L'heure n'est plus aux incantations pour réduire la fracture numérique, ni aux envolées lyriques sur les lendemains qui chantent grâce aux TIC : il s'agit maintenant de les mettre concrètement en oeuvre, et d'accompagner tous les acteurs qui ne les ont pas encore assimilées, en particulier les PME. Ce sont ces actions opérationnelles qu'il faut~désormais privilégier, pour réduire le temps d'appropriation des nouvelles technologies.

 

Le programme de Pierre Faure se résume en quelques points. Internet est le levier de l'entreprise étendue. Dans ce type d'entreprise se mettent en place des organisations qui favorisent le co‑développement (e‑design). Celui-ci consiste à intégrer les partenaires dans les processus digitaux. La relation fournisseurs change, l'entreprise recherche une amélioration de la performance de la Supply Chain pour réduire les coûts, amélioration qui devient un facteur‑clef de compétitivité.

 

 

Compétitivité industrielle : Internet levier de l'entreprise étendue !

 

Les principaux défis auxquels doivent faire face les entreprises sont la nécessité de développer compétitivité et novation dans une économie mondialisée, l'exigence accrue des clients, et la prise en compte de plus en plus importante du capital humain de l'entreprise. En révolutionnant la communication interne et avec les partenaires extérieurs, Internet permet l'intégration des processus de l'entreprise étendue, et devient la condition nécessaire de la compétitivité des entreprises.

 

La remIse en cause des  processus par le e‑business

 

Tous les processus de l’entreprise sont remis en cause par l’e-business, souvent radicalement : il s'agit d’une transformation profonde de l’entreprise et de son environnement.  Sur le plan de l'organisation, cela se traduit par le recours croissant à la sous-traitance de tout ce qui ne relève pas du « core business » dans la plupart des grandes sociétés. Les nouveaux modes de travail e‑business deviennent un impératif stratégique et concurrentiel car ils permettent d’intégrer tous les processus de l'entreprise, de réduire les cycles et les coûts, d'accroître la performance de la Supply chain, de développer la coopération entre les partenaires industriels. Ce nouveau pilotage améliore la performance, réduit les coûts et devient le véritable levier de l'entreprise étendue. Il convient de maîtriser cette « e‑transformation » avec volontarisme, car les nouvelles technologies sont à la fois une menace pour les entreprises qui n'en tirent pas parti, et une formidable opportunité pour celles qui décident d'en tirer un avantage concurrentiel.

 

La poursuite du co-développement (e‑design)‑

 

Le co-développement propose d'intégrer les partenaires dans les processus digitaux. Les plateaux virtuels de co-développement (e‑design) constituent la composante e-business la plus stratégique dans les entreprises industrielles de haute technologie (Airbus, Boeing, Dassault Aviation,... ), qui toutes mettent en oeuvre des projets très ambitieux de plateaux virtuels de conception ; Ces plateaux ont pour objectif d'améliorer le « time to market », c'est‑à‑dire le délai de mise à disposition d'un nouveau produit sur le marché, en généralisant à l'entreprise étendue le concept d'ingénierie concourante.

 

L’ingénierie concourante est l'un des enjeux majeurs, d'internet. Cela se traduit à deux niveaux parallèles et, paradoxaux :

 

       - La compétition croissante conduit les entreprises à des concentrations et des intégrations, afin de pouvoir assumer des frais de recherche      et développement toujours plus  considérables

 

      - l’économie conduit les sociétés à se montrer de plus en plus flexibles et adaptables, ce qui amène les entreprises à se réorganiser en petites entités.

 

La multiplication des organisations en multi-PME

 

Chacune de ces entreprises est conduite à adopter une organisation qui s'apparente à celle d'une PME afin d'avoir une plus grande capacité d'innovation et de souplesse. Par ailleurs, les grandes entreprises font appel à des PME proprement dites, dans des domaines très spécialisés. Ces dernières sont contraintes de travailler en étroite collaboration avec l'ensemble des acteurs de la production des biens, de consommation finaux.

 

Il devient crucial dans ce contexte d'accélérer la rapidité de conception des nouveaux produits, si possible à moindre coût ou à coût constant. Cette compétitivité de la recherche et développement devient aussi primordiale que la compétitivité de la chaîne de fabrication des produits proprement dite. Au­-delà de la rapidité de conception, la capacité à tirer le meilleur parti des compétences réparties entre les différents corps de métier est également importante. La bonne stratégie consiste donc à intégrer les partenaires dans les processus digitaux de l'entreprise, de la conception du produit au processus industriel, pour réduire les cycles de conception et tirer parti de l'intelligence répartie.

 

Les changements dans la relation avec les fournisseurs.

 

La relation fournisseurs est modifiée, l'entreprise veut améliorer la performance de la Supply Chain, pour réduire les coûts.

 

L'utilisation des nouvelles technologies dans la relation fournisseurs est éminemment stratégique, car il s'agit de l'intégration de la Supply Chain, et donc de la performance globale de l'entreprise étendue. Pour améliorer la performance de la Supplie Chain, la stratégie consiste à optimiser les processus d'approvisionnement/achats (e-sourcing, e­procurement, e‑payment), à dématérialiser les échanges, et à mettre en place des processus de travail collaboratifs avec les fournisseurs.

 

Dans toutes les entreprises, l'utilisation de l'e‑business pour les relations fournisseurs a commencé dans les achats généraux (ou indirects), avec des réductions de coûts régulièrement observées de 20%. Les grands groupes industriels (notamment automobiles et aéronautiques) sont en train d’étendre cette stratégie aux achats de production, les plus stratégiques.

 

L’intégration de la Supply chain devient un facteur‑clef de compétitivité. Les industriels européens de l'aéronautique, du spatial et de la défense doivent faire face à plusieurs défis majeurs, en particulier la compétitivité de la Supply chain, qui réalise 70% des produits. Tous les industriels majeurs auront mis en oeuvre ces nouveaux modes de travail numériques avec leurs fournisseurs de rang 1 avant fin 2005.

 

Les gains attendus ne pourront être obtenus que si ces modes de travail sont standardisés, car sinon ces derniers engendreront des surcoûts pour les fournisseurs, et un cloisonnement de la concurrence.

 

L'entreprise va profiter des normes, et des certifications.

 

Comment tirer parti des enseignements de la mise en place de la certification ISO et des ERP, quels standards adopter, quelles évolutions organisationnelles et quels investissements engager, comment se connecter de façon sécurisée, quelles solutions informatiques et formations mettre en oeuvre, comment accompagner le changement?

 

   Pour répondre à ces enjeux vitaux pour la compétitivité et l'innovation des PME‑PMI, des grands industriels et des territoires, il est capital de bien comprendre les évolutions en cours, d’identifier précisément tous les acteurs, les technologies, les nouveaux usages de cette profonde mutation et de prendre connaissance de l'ensemble des­ moyens mis en place pour les aider à faire de cette mutation un atout dans la compétition internationale et favoriser le développement gagnant/gagnant des Supply chains industrielles. Les PME‑PMI qui n'auront pas adapté leur organisation à ces nouveaux modes de travail seront de facto exclues de ces marchés et ne pourront par exemple recevoir de commandes de leurs clients, quel que soit, par ailleurs, leur savoir-faire.

 

Le temps de l'action Programme e‑PME de l’AFNET

 

Depuis janvier 2003, l’AFNET conduit , avec le GIFAS, les industriels et les pouvoirs publics, le programme e‑PME destiné à standardiser ces nouveaux outils numériques, et à aider les fournisseurs de la filière à s'y adapter, notamment les PME. Ce programme est destiné à préparer les PME sous­-traitantes au déploiement des projets e‑business des donneurs d'ordre et à accompagner, sur le terrain, la mise en oeuvre opérationnelle de l'e‑business dans les Supply chains industrielles. Il est consacré dans un premier temps à l'Aéronautique, le Spatial et la Défense, mais sera étendu à l'automobile, puis à l'ensemble des filières industrielles.

 

La force du Programme e‑PME est de s'inscrire dans une logique sectorielle donneurs d'ordre ‑ sous-traitants. Il apparaît donc comme un très important levier pour accroître la compétitivité et l'innovation de l'industrie aéronautique européenne, faciliter le déploiement des projets e‑business des donneurs d'ordre, réduire la fracture numérique des PME‑PMI et leur facture informatique, en définissant des standards et en harmonisant les solutions.

 

 

EPILOGUE SUR LES CONCEPTS

 

 

La réflexion sur la notion de territoire devrait être intensifiée dans le cadre de la politique de régionalisation préconisée par le gouvernement Raffarin. L’impasse sur ce sujet est impossIble et la réutilisation des territoires existants n’est pas optimale. Le développement des usages locaux conditionne les choix de mise en place de véritables politiques publiques locales. Les Pouvoirs Locaux s'inscrivent désormais dans des choix de coopération où les enjeux visés sont les questions du devenir des hommes et des activités. Il faut bien entendu que ces territoires locaux soient aidés, d'une part par les partenariats forts qu'ils pourront établir entre collectivités locales (pays, Conseil Général, Région), I’Etat, et l'Europe, et d'autre part par la mise en place d'outils collaboratifs. En ce sens les communautés nouvelles, issues du numérique, représentent une opportunité durable pour tous dans la mesure où elles garantissent la permanence des échanges au-delà des distances, elles garantissent des bases de réciprocité claires où chacun est libre d'y choisir et d’y assumer ses spécificités.

 

Ces nouveaux territoires ne doivent pas impliquer que la notion d'intérêt général local soit désormais liée à une séparation entre la représentation politique, la construction du projet et sa mise en oeuvre en lien avec la société civile et la sphère privée.

 

L'impact «Internet sur les publics fragilisés peut être vu comme un vecteur d'exclusion ou comme une chance. L’analyse de ces impacts devrait faire l’objet d’une étude.

 

La notion de bien public est attendue, elle devrait apparaître dans notre législation, comme dans les règles internationales pour séparer le domaine public de la sphère privée. Cette notion devrait permettre de lever les séries de contraintes juridiques liées à l'intervention des collectivités locales dans les télécommunications. Ces interventions devraient être contrôlées par une direction régionale des TIC ayant pour tâche la coordination des acteurs publics et privés dans le respect de la concurrence.